AMSTERDAM
AUDREY SOMNARD

Amazon Web Services (AWS) tenait son sommet à Amsterdam mercredi

La célèbre plateforme d’e-commerce a son siège européen à Luxembourg, mais ce que le grand public connaît peut-être moins, c’est que le géant américain tire son chiffre d’affaires par AWS, sa branche qui propose aux entreprises de supprimer leurs serveurs et de prendre en charge les aspects techniques via le «cloud». C’est une petite révolution pour les entreprises qui n’avaient pas les compétences techniques, les start-up qui n’ont pas les ressources ou encore les entreprises qui poussent à la digitalisation.

A Amsterdam, où AWS est présent depuis 2008, plus de 3.500 personnes étaient réunies hier pour souscrire aux bienfaits du «cloud» version Amazon. Les enjeux sont énormes. Et la compétition est rude. Si AWS a pris de l’avance, Microsoft talonne derrière et Google essaie de rettraper le retard. Le but du sommet était donc de mieux faire connaître les produits auprès des entreprises qui pensent à migrer vers le «cloud». En clair, digitaliser ses données pour se passer des serveurs qui demandent de la maintenance et provoquent des catastrophes quand ils ont le malheur d’être en panne.

«On ne produit pas sa propre électricité ou l’eau courante, cela devrait être la même chose pour le stockage des données. C’est impossible de le faire soi-même, ou alors très difficile. Cela permet de faciliter les choses, avoir ses données sans lourde infrastructure», explique Stijn «Stan» Christiaens co-fondateur et CTO de Collibra, une start-up de gouvernance des données.

Evidemment, quoi de mieux que d’exposer des «success stories» pour étayer le propos? Marcel Krom, CIO de la Poste néerlandaise a fait l’éloge des services d’AWS. Pour aider à livrer plus rapidement et facilement, l’entreprise a intégré des algorithmes dans sa chaîne de production. C’est en 2012 qu’elle a décidé de migrer vers le «cloud», mais cela a pris cinq ans pour déménager tout l’écosystème. Cela lui a permis de fermer définitivement cette année son data center. «Cela a changé la culture de l’innovation au coeur de la société», estime le CIO. Le changement majeur pour la Poste est de pouvoir plus facilement monitorer les millions de transactions chaque jour. «Il est possible aujourd’hui de tester et essayer de nouvelles choses rapidement», ajoute Marcel Krom. La Poste connaît en direct toutes les métriques: le nombre de paquets, l’espace restant etc., ce qui permet d’augmenter sa productivité.

Nouveaux services

Si les entreprises ont tout intérêt à déléguer la lourde tâche des serveurs et de la maintenance des données, AWS doit également se nourrir des demandes des entreprises pour développer de nouveaux services. Ian Massingham est ce qu’on appelle un «AWS evangelist», un terme américain volontairement proche des milieux religieux puisqu’Amazon se veut toujours être dans l’esprit d’une start-up innovante et surtout pionnière. Les «évangélistes» ont pour mission de porter la bonne parole d’AWS pour convaincre les entreprises d’adopter ses services. 95% des caractéristiques d’AWS viennent des retours des entreprises. Le leader du cloud est pour le moment présent dans 20 régions géographiques, 61 zones avec des data centers physiques, l’Europe et l’Amérique du nord étant surreprésentées. Mais l’empire se développe et AWS va prochainement s’implanter à Cape Town, Milan, Bahreïn, ou encore Hong Kong. La sécurité de l’information et l’aspect «compliance» est prise en charge par AWS, ce qui allège énormément le poids pour les sociétés. Ian Massingham en profite d’ailleurs tacler la concurrence: «Nous avons deux fois plus de serveurs Windows que Microsoft». C’est la seule fois que la compétition sera mentionnée.

AWS se veut le seul interlocuteur pour des entreprises innovantes, qui est le véritable coeur de cible. Hylke Sprangers est CTO de Talpa Network aux Pays-Bas, il explique que son entreprise a tout migré sur le cloud en 2013. Sa plateforme de foot en streaming (VoetbalTV) est désormais sur le cloud via l’application. Cela permet de développer plus facilement des applications d’intelligence artificielle. Fini réalisateur et caméraman pour les matchs de football, la caméra arrive à suivre seule le ballon pour filmer le match. «Il y a encore parfois des erreurs si la caméra prend un oiseau qui passe pour le ballon. Mais nous n’avons plus besoin de serveurs et de matériel informatique». Si AWS gagne son pari de migrer toutes les données des entreprises vers son cloud, les enjeux sont énormes. Car une fois dans l’écosystème d’AWS et de ses services, les entreprises seront bien obligées de se plier aux exigences du géant. Mais en attendant, les entreprises clientes n’y voient que des avantages. Après tout, elles peuvent se concentrer sur l’innovation, AWS se charge du reste, et c’est plutôt tentant.