LUXEMBOURG
CLAUDE KARGER

Deuxième jour du Forum «Stand Speak Rise Up» contre les violences sexuelles

J’ai vu le meilleur de la nature humaine. Et j’ai vu le pire». Fatou Bensouda est procureure générale de la Cour pénale internationale, l’instance qui enquête sur les plus graves crimes touchant l’ensemble de la communauté internationale: génocide, crimes de guerre, crimes contre l’humanité et crime d’agression. Mercredi matin, l’avocate originaire de Gambie était au Luxembourg pour présenter son analyse des moyens juridiques internationaux contre l’utilisation de la violence sexuelle comme arme de guerre. La thématique est au coeur d’une conférence internationale de deux jours à l’initiative de la Grande-Duchesse qui a réussi à rassembler des décideurs du monde entier.

Pour Fatou Bensouda, l’effort commun est au coeur de l’éradication du fléau. «Il faut être intellectuellement honnête; aucune personne et aucun pays ne peut réussir seul», a-t-elle pointé en soulignant «qu’il est temps de déplacer la honte des victimes vers ceux auxquels elle appartient: les violeurs».

Autre invitée de marque: Atifete Jahjaga, ancienne présidente du Kosovo (2011-2016) a raconté comment les quelque 20.000 femmes kosovares violées lors de la guerre de 1998 à 1999 continuent de souffrir 25 ans après de l’impunité de leurs agresseurs. «Nous avons tenté de lever le voile de la honte», a expliqué Jahjaga, qui fut la première femme à accéder à la présidence dans un pays des Balkans.

Elle a plaidé pour que les pays dont sont originaires les tortionnaires soient forcés de reconnaître leur responsabilité pour les torts causés. Pour Alexander Stubb, vice-président de la Banque Européenne d’Investissement et ancien premier ministre finlandais, il faut veiller aussi à ce que des femmes soient davantage représentées aux tables de négociation des conventions internationales.

«Seulement 2% des signatures sur les traités de paix proviennent de femmes, seulement 9% des personnes autour des tables de négociation sont des femmes, cela doit changer!», a-t-il lancé.

Percer les couches de peur

Mohammad Yunus, prix Nobel de la Paix en 2006 pour ses programmes de micro-crédits, a lui aussi plaidé pour une participation accrue des femmes. Yunus est actif au Bangladesh et entretemps dans beaucoup d’autres pays du monde - même aux Etats-Unis, où sa Grameen Bank entretient 25 filiales - pour fournir de petits crédits aux plus pauvres qui n’ont pas accès aux services bancaires réguliers. L’économiste, qui a démarré son activité de micro-crédits en 1976, a raconté son aventure dont les principales difficultés n’étaient pas liées à l’argent en soi, mais au changement de mentalités dans une société bangladaise où les hommes décidaient de tout, alors que les femmes avaient même peur de toucher de l’argent.

«Il y avait des couches et des couches de peur autour d’elles», s’est souvenu Yunus, «elles croyaient que les femmes étaient nées pour être punies, elles préféraient rester invisibles». Mais les premières courageuses ont fait beaucoup d’émules entretemps. Et du bien que les hommes ne peuvent plus ignorer.

«On peut beaucoup parler. Mais au bout du compte, c’est l’action qui apporte le changement», a souligné le Nobel de la Paix qui a plaidé pour un changement structurel d’une économie mondiale, où 99% de la fortune est concentrée entre les mains de 1% de la population. L’après-midi, les workshops sur différents aspects de la lutte contre la violence sexuelle se sont égrénés, alors que les orateurs se sont relayés à la tribune, dont Jean Asselborn, Ministre des Affaires Etrangères et Jean-Christophe Rufin, Membre de l’Académie française.

«Il y a des moments inoubliables. Ceci est l’un deux», a souligné dans son discours de clôture la Grande-Duchesse, tout en remerciant le gouvernement luxembourgeois et son mari d’avoir soutenu son initiative. Elle s’est clôturée sur une chanson d’espoir. Et l’espoir que l’appel du Luxembourg de mettre fin aux violences sexuelles comme arme de guerre résonne à travers le monde. A noter que plusieurs conventions ont été signées en marge du Forum. Dont une déclaration d’intention entre la Croix-Rouge luxembourgeoise et le Dr. Denis Mukwege pour le développement des activités de l’Hôpital de Panzi à Bukavu, où le gynécologue soigne et soutient les femmes victimes de viol. Par ailleurs, trois conventions ont été signées par la Grande-Duchesse en co-construction avec d’autres organisations pour soutenir des projets destinés aux survivantes.