LUXEMBOURG
THIBAUT DEMEYER

Avec «L’homme qui tua Don Quichotte», Terry Gilliam a réalisé son rêve

Rassurez-vous, nous allons vous faire grâce de tous les problèmes juridiques qu’a rencontrés le réalisateur britannique Terry Gilliam face à son producteur. Aujourd’hui, «L’homme qui tua Don Quichotte» peut enfin être exploité sur la grande toile partout dans le monde et plus précisément dès aujourd’hui au Luxembourg.

Si les aventures de Don Quichotte, écrites par Cervantès, étaient déjà hippiques dans son genre, l’œuvre de Terry Gilliam l’est tout autant. Après moult rebondissements et autant de versions différentes depuis sa première en 1990, l’ex «Monty Python» a non seulement fini par réaliser son rêve, mais en plus à le projeter en clôture et en avant-première au prestigieux Festival de Cannes. Comme quoi, il faut remettre son ouvrage 100 fois sur le métier et ne jamais désespérer.

Hommage à Jean Rochefort et John Hurt

Après avoir pressenti autant d’acteurs (Johnny Depp, Owen Wilson, Robert Duvall, Ewan Mc Gregor etc.) que de versions pour les rôles principaux, avec en premier lieu feu Jean Rochefort et John Hurt à qui le film a été dédié, c’est Jonathan Pryce («Brazil») et Adam Driver qui ont fini par endosser respectivement le costume de Don Quichotte et de Toby, le jeune réalisateur cynique et désabusé.

Après avoir joué Kylo Ren dans «Star Wars - Le Réveil de la Force» puis Paterson dans le film éponyme de Jim Jarmusch, Adam Driver a agrandi son panel de personnages avec cette œuvre aussi déjantée que le réalisateur «himself» et ce, dans le bon sens du terme.

«L’homme qui tua Don Quichotte»respire la joie de vivre

Si on vous dit que «L’homme qui tua Don Quichotte» est l’histoire de Toby qui rencontre un vieux cordonnier pris de démence au point qu’il est convaincu d’être le vrai Don Quichotte, cela vous paraitra un peu maigre. On ajoute dès lors que ce jeune réalisateur avait, en guise de travail de fin d’étude, réalisé un petit film sur Don Quichotte dans un petit village en Espagne. Un tournage qui a laissé pas mal de souvenirs auprès des villageois. Mais pas que des souvenirs agréables à un point tel que Toby va rapidement se retrouver dans des situations peu enviables. Après la magie et la folie, l’excentricité de Terry Gilliam fait le reste et ne peut dès lors pas se raconter.

Il faut voir «L’homme qui tua Don Quichotte» pour le croire. Croire quoi? Eh bien, à quel point Terry Gilliam est un grand metteur en scène et jusqu’où il peut aller dans la fantasmagorie de ses histoires. Mais ce film n’est pas qu’une réussite du point de vue scénaristique. Il l’est aussi d’un point de vue cinématographique, visuel et technique.

Dès les premières images, nous sommes séduits par la qualité de celles-ci, par la photographie mais aussi par des plans magistraux comme il en a le secret. Son film ne manque pas de rythme, la musique nous séduit, Jonathan Pryce, détenteur du prix d’interprétation à Cannes en 1995 pour «Carrington», est extraordinaire dans la peau de Don Quichotte.

Terry Gilliam n’utilise pas de faux artifices ni formules préétablies pour séduire le spectateur. Le film est son reflet, ses traits de caractère. A chaque scène, on l’entend presque rire. «Je n’ai jamais entendu un réalisateur rire autant sur un tournage» avait confié l’actrice Olga Kurylenko lors de la conférence de presse à Cannes. On veut bien la croire car «L’homme qui tua Don Quichotte» respire la joie de vivre, la folie et surtout le plaisir de faire du grand cinéma tout public sans pour autant oublier l’essence même du 7ème art, marquant dès lors la différence avec certains blockbusters qui respirent plus le dollar que l’art.