LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

L’ambassadeur britannique a tenté de rassurer le secteur logistique

Le cluster logistique (C4L) se réunissait hier à la Chambre de Commerce pour un après-midi de conférence intitulée «Moving barriers in supply chain». Il était question de faire le point sur la TVA, les solutions multimodales, les politiques de commerce, les traités internationaux, mais surtout la question du Brexit - actuellement la plus brûlante. «Il y a beaucoup de barrières à la chaîne logistique, comment les dépasser et les transformer en opportunités?», s’interroge en préambule l’invitation pour l’événement. Différents experts sont intervenus pour faire le point sur les nombreux enjeux du secteur, comme les barrières de la TVA pour l’e-commerce, ou encore les challenges qui persistent avec la mise en place du Brexit.

Si la circulation des biens se fait aisément entre le Luxembourg et ses voisins grâce au marché unique européen, les professionnels du secteur sont très inquiets des conséquences d’un Brexit sans accord ou avec un accord qui serait a minima: «Des temps d’attente plus long aux frontières vont impacter lourdement le secteur de la logistique», a estimé Carlo Thelen directeur de la Chambre de commerce. Quelque 6.000 Britanniques résident au Luxembourg, ces derniers seront eux aussi «victimes» du Brexit, et les incertitudes sont encore très nombreuses.

Rassurer le secteur de la logistique tout en défendant le Brexit

Alors que l’actualité battait son plein hier, l’ambassadeur Britannique, invité de longue date à cette conférence, a du jouer les pompiers de service. John Marshall s’est tout d’abord excusé de son retard: «Vous pensez certainement que j’étais en train de suivre les nouvelles pour adapter mon discours en conséquence, mais j’étais simplement coincé dans les embouteillages». Evidemment, alors que Teresa May était empêtrée au Parlement et tentait de contenir l’hémmoragie au sein de son propre gouvernement, John Marshall a souligné le sens du timing du Cluster: «Je suis toujours invité à l’avance et je ne peux pas préparer mes discours trop en amont car chaque jour apporte son lot de surprises mais je dois dire que sans le savoir vous avez choisi un jour particulièrement intéressant», non sans ironie.

L’ambassadeur britannique était hier dans une position particulièrement inconfotable. Il a dû rassurer le secteur de la logistique, défendre le Brexit et assurer aux différents partenaires que tout irait pour le mieux... Autant dire mission impossible, mais le diplomate chevronné s’en est sorti en ignorant consciemment le naufrage politique de Teresa May d’hier et en se tenant à l’accord signé par son cabinet mercredi. Un accord qui marque un pas de géant dans les négociations entre l’UE et le Royaume-Uni, puisqu’il règle l’épineuse question de la frontière irlandaise, et esquisse les relations futures «dans les grandes lignes».

John Marshall a parfaitement joué son rôle, il s’est voulu rassurant, et a rappelé les termes d’un accord à venir à s’en tenant aux faits, uniquement les faits: «Nous nous embarquons dans une relation unique et profonde de partenariat, avec une zone d’échange de biens, sans taxes douanière. Même chose pour les services financiers et les investissements», a t-il rappelé.

Si ce dernier s’est félicité de l’accord obtenu mercredi, il a rappelé que les négociations allaient continuer pour décider des détails qui doivent faire l’objet de priorités. Avec une date du 25 novembre en ligne de mire, les Britanniques doivent encore faire approuver leur plan à leur propre Parlement, ainsi qu’au Parlement européen pour entériner le «deal». «Autant dire que ce qui prend 9 à 12 mois d’habitude devra être réglé en trois mois. Même si les négociations sur la circulation des biens représente certainement des challenges, nous souhaitons un commerce sans friction».

Le Royaume-Uni a jusqu’au mois de mars pour présenter un plan de sortie de l’Union européenne approuvée par les deux parties. Sans cela, le «no deal» sera une catastrophe, en particulier pour le secteur de la logistique. John Marshall a plaidé hier pour un nouveau cadre qui serait juste pour tout le monde, tout en garantissant de ne pas régresser dans le domaine du travail et de l’environnement. L’ambassadeur n’a pas une seule fois évoqué un éventuel échec des négociations, ni les tractations. Mais, a t-il répété, «le 14 novembre marque un grand pas dans les négociations. Nous avons avancé sur le commerce, la sécurité, les données personnelles, la science et l’éducation».