LUXEMBOURG
TRACY HEINDRICHS

Un regard sur Like Lovers, le projet musical de Jan Kerscher

Et si, au lieu de se battre contre le courant, on se laissait emporter dans l’abondant fleuve d’informations que nous impose la vie de tous les jours? Et si on étreignait l’infini plutôt que de le craindre? Voilà plus de dix ans que Jan Kerscher - producteur et musicien - explore ces possibilités. Cette année, sous le nom Like Lovers, il nous fournit sa réponse dans l’album «Everything All the Time Forever».

Entre dissolution et sensation

La sensation de l’éternel cosmique est un concept qui travaille Jan tous les jours. Par conséquent, son album - qui devait d’abord s’intituler «Let Go» - synthétise dix ans d’une réflexion poussée sur la surcharge excessive que le monde produit. «Je ne pense pas être le seul à sentir cet excès. De là est né le désir de pouvoir s’abandonner à ce flux en sachant qu’au final, tout ira bien», explique Jan. La question étant restée centrale dans l’esprit du musicien au fil des années, l’identité de Like Lovers est cohérente tout au long de l’album. Grâce à cela, les textes, les rythmes et sons peuvent s’emmêler et fusionner pour donner naissance à des titres tantôt plus dansants comme «I Float on Your Love», tantôt plus abstraits et contemplatifs comme «Levitation».

Comme ce dernier titre l’indique, «Everything All the Time Forever» donne l’impression de flotter au beau milieu de l’éther infini - et ceci dès le premier titre du disque. Une sensation difficile à décrire tant qu’on n’a pas entendu l’album. Essentiellement, c’est le genre d’album qu’on écouterait dans un moment de repli sur soi, ce qui est aussi possible lors des concerts de Like Lovers, où le public est plongé dans le noir, avec seulement quelques néons lumineux comme points de repère spatiaux. Pas trop le genre d’album à lancer lors du rôti familial du dimanche, du coup. Après tout, ce serait assez embêtant de se dissoudre dans le cosmos éternel et infini avant d’avoir repris une deuxième portion du fameux tiramisu de mamie.

L’infini défini

D’un point de vue musical, on aurait envie de comparer la voix tantôt frêle, tantôt intense de Jan à celle du chanteur de Radiohead, Thom Yorke; ses structures musicales complexes composées de silences et notes méticuleusement placées à celles de Bjørk. Et pourtant, tout comme ces derniers, Like Lovers échappe aux comparaisons directes. «Si je devais la décrire, je dirais que c’est la bande-son de la fin du monde», dit Jan, précisant que chacun peut s’imaginer là ce qu’il entend. Après tout, chacun vit dans sa propre version de la réalité, et donc peut envisager sa fin comme bon lui semble.

Et même si l’aspect abstrait et philosophique de ce projet musical prête à croire que tout n’est qu’inspiration cosmique dans le studio de Ghost City Recordings au sud de Nürnberg, où Jan a produit son album, c’est un travail assidu qui se cache derrière.

En effet, ce n’est pas que sur scène que Jan existe mais également entant que producteur de musique. Actif dans ce milieu depuis plus d’une décennie, Jan a accompagné des musiciens luxembourgeois comme Inborn, Tuys, Ice in My Eyes ou Bartelby Delicate ainsi que de nombreux groupes allemands. Cette solide expérience - aussi inspirante et formatrice soit-elle - a d’ailleurs souvent empiété sur son travail créatif: «C’est un combat constant. Le producteur et le musicien en moi se critiquent tout le temps. Parfois, quand on n’arrive pas à se contrôler dans sa passion, on finit par brûler la bougie par les deux bouts. Du coup, je compte faire du prochain album un projet beaucoup plus collaboratif et philosophique avec des musiciens que j’ai pu rencontrer sur mon chemin.» Dans cet esprit de collaboration, Like Lovers propose à toute personne intéressée de soumettre un remix de sa chanson «Infinite». (Pour y participer, il suffit d’envoyer un e-mail contenant le titre «Infinite Remix» avec son nom complet et son adresse à hi@wearelikelovers.com). Histoire d’explorer un peu plus l’infinité de réalités dans lesquelles nous existons.

Vers un renouvellement constant

Contrairement au fameux tiramisu de mamie, Like Lovers prouve qu’il ne faut pas nécessairement toujours avoir les mêmes ingrédients pour réussir sa recette. En effet, même si Jan a composé et enregistré son album seul, il invite une variété de musiciens à l’accompagner sur scène. Le public n’en saura peut-être rien mais il assistera à une expérience unique parmi tant de combinaisons d’artistes. Du coup, au niveau de la thématique du flux infini de possibilités, cela reste cohérent là aussi.

Réciproquement, chaque concert est unique pour Like Lovers. En effet, le groupe, qui s’est déjà produit en Allemagne, au Luxembourg et en Roumanie, entame en automne 2019 une tournée en quatre dates au Japon. Pour Jan, un grand fan de la culture et langue japonaise, c’est un rêve qui se réalise. Même s’ils ont rencontré quelques problèmes techniques, Like Lovers a adoré l’accueil que leur a réservé le public japonais: «C’est difficile d’expliquer notre expérience là-bas, mais c’était fantastique, surtout la ville d’Osaka. On a beaucoup appris sur notre façon de jouer, mais on a aussi ressenti une vraie gratitude et un enthousiasme profond de la part de nos publics au Japon. Ils ont célébré le fait qu’on soit venu de si loin pour leur présenter ce projet. Nous nous sommes sentis spéciaux.»

Un juste milieu musical

Autant «Everything All the Time Forever» peut paraître abstrait et compliqué au niveau conceptuel, autant il reste un album dans lequel on s’immerge facilement, dès la première note. Les morceaux s’enchaînent sans accroc en restant bien distincts les uns des autres. Qui plus est, les textes épurés et multi-couches instrumentales donnent une vraie plus value à ce premier album officiel de Like Lovers et Jan Kerscher. De quoi patienter en attendant la tournée allemande du groupe en début d’année 2020.


Plus d’infos: @wearelikelovers (Instagram),

Like Lovers (Facebook) ou wearelikelovers.com