LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

La Fondation IDEA organise un workshop dans le cadre de la Journée de l’Economie jeudi

Peut-on protéger sans protectionnisme? Cette question sera au cœur jeudi d’un workshop de la Fondation IDEA a.s.b.l. dans le cadre de la Journée de l’Economie. Autour de l’économiste Michel-Edouard Ruben, trois panélistes venus de Nice, Paris et Luxembourg exposeront leur point de vue avant un échange avec le public présent.

Des effets révolus

Pour Pauline Bourgeon du LISER, «du point de vue économique, oui le protectionnisme a des vertus mais plus dans le contexte actuel». Elle en veut pour preuve l’augmentation des taxes sur les importations d’acier et d’aluminium, qui se répercutent non seulement sur le milieu mais aussi sur «d’autres acteurs qui ont besoin de ces importations dans leur chaîne de production». La chercheuse au département marché du travail souligne qu’«historiquement, aux 19ème et 20ème siècles, le protectionnisme a permis aux économies moins avancées de rattraper leur retard sur les pays développés». Mais dans le contexte actuel, «les Etats devraient revoir leur politique industrielle et se concentrer sur l’exportation de services et pas de biens manufacturés». La révolution digitale appelle en effet à une nouvelle politique industrielle, qui pourrait être accompagnée d’une nouvelle politique sociale, suggère Pauline Bourgeon.

Les revers du protectionnisme

Quant à Sarah Guillou, «protéger sans protectionnisme reviendrait au sens littéral à une protection modérée. C’est un peu ce que font tous les Etats dans les règles de l’OMC». L’économiste en poste à l’OFCE SciencesPo à Sophia-Antipolis (Nice) explique que ce qui fait la différence entre les économies, ce sont leurs avantages comparatifs liés aux systèmes juridico-règlementaires et aux systèmes sociaux. «La protection a souvent des effets pervers», avance la directrice ajointe qui appelle à prendre en compte le coût d’opportunité du protectionnisme sans oublier les arbitrages inter-temporels. Dans tous les cas, le protectionnisme est une décision politique. «La théorie économique montre que le protectionnisme comme des droits de douanes peuvent être efficaces dans certaines conditions particulières, celle de grands pays par exemple». Gare toutefois aux dommages collatéraux, car dans le cas des Etats-Unis par exemple, l’économiste pointe un accroissement des inégalités.

Réguler les déséquilibres

Jézabel Couppey-Soubeyran abonde: si d’un coûté les capitaux et les marchandises jouissent d’une forte mobilité, ce n’est pas le cas des individus. «Il faut de la régulation», appelle la maître de conférences à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Selon elle, «la mondialisation a accouché de multinationales et en parallèle, la globalisation financière a fait émerger des méga-banques». «Il y a un autre modèle de globalisation financière possible», suggère l’économiste qui souligne que malgré la crise et la fin du modèle des années 80 où l’on pensait que les marchés pouvaient s’autoréguler, on n’a pas basculé vers un modèle de régulation systémique. Son idée? Se tourner vers les investissements verts, promouvoir un système éducatif inclusif et résoudre le déséquilibre des mobilités.

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