LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

L’avenir de la place financière était débattu mardi soir

La place financière, c’est l’un des moteurs du Luxembourg. Elle génère 27% de la valeur ajoutée brute du pays et emploie 13% de la masse salariale. Pour autant, certains observateurs redoutent que la mécanique se grippe dans la tempête de changements règlementaires. Hier, tous les intervenants de la table ronde du LCGB intitulée «L’avenir de la place financière: atouts et défis» ont répondu que ces modifications constituent plutôt des opportunités pour le Grand-Duché. «Ici on sait que ça va changer alors qu’en 2008, on ne savait pas ce qui allait se passer», explique le président du LCGB-SESF, Gabriel Di Letizia. Ce nouveau paradigme n’est cependant pas sans conséquence pour le pays. Alors que la perte de 2.000 emplois est évoquée sur la place financière, Luc Rodesch pointe l’augmentation ces dernières années de la masse critique des banques pour rester rentables. «L’avenir est sombre pour les petites structures», prévient le président de la section banques privées au sein de l’ABBL. Du côté des fonds d’investissements, Camille Thommes pointe un «agenda règlementaire infernal» qui engendre une érosion des marges et des changements dans la typologie des produits. Qui plus est, une concurrence s’installe et «pas mal de centres financiers essaient de copier le modèle luxembourgeois», souligne le directeur général de l’ALFI.

Des nouvelles niches

De son côté, Pierre Gramegna appelle à prendre le train des réforme en marche le plus vite possible et de préférence dans le peloton de tête. Cela limite les risques pour la réputation du pays tout en anticipant les nouvelles configurations. Le principe a déjà porté ses fruits dans le domaine des fonds d’investissements où le Luxembourg domine aujourd’hui le marché européen. «On va devoir compter sur d’autres atouts», ajoute le ministre des Finances. Dans le viseur, on retrouve l’internationalisation de la monnaie chinoise renminbi (RMB), la finance islamique mais aussi les interactions de la finance avec d’autres secteurs comme l’IT par exemple. Les innovations réservent un grand potentiel à en croire le responsable, qui mise beaucoup sur le paiement électronique et les monnaies virtuelles. «Nous ne pouvons pas nous permettre de délaisser ces nouveautés sous le prétexte qu’elles sont aléatoires, il faut le goût du risque».

Reste que la place financière fait face à une soif de productivité toujours plus grande qui n’est pas sans répercussions pour les 44.000 salariés. Outre l’investissement dans des formations, le recrutement de profils toujours plus qualifiées est aussi une priorité. Mais tant dans les banques que dans les fonds d’investissements, le discours est identique: la situation est défavorable par rapport au secteur public où les salaires sont bien plus élevés et couplés à une stabilité de l’emploi. Bref, autant de problèmes mécaniques à résoudre urgemment si l’on veut que la place financière continue à faire tourner plus d’un quart du PIB au Luxembourg.