LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Les experts se sont penchés sur nos cycles de sommeil pendant la pandémie

Les nuits avec le coronavirus ne sont plus les mêmes. Le World Economic Forum s’est penché sur les études qui font état de notre sommeil. Rythmes bouleversés, confinement, télétravail, école à la maison, nos vies quotidiennes ont changé du tout au tout ces dernières semaines. L’organisme américain Sleep Help a suivi quelque 984 personnes pour étudier les changements qui sont survenus pendant la crise. Plus d’une sur cinq a déclaré que sa qualité de sommeil avait souffert depuis l’apparition du Covid-19. 60% d’entre elles vivaient dans des comtés où des cas de Covid-19 avaient été confirmés, et ce groupe était particulièrement susceptible de signaler des troubles du sommeil. Les personnes résidant dans des zones non touchées n’ont cependant pas été épargnées par les troubles du sommeil: 17% ont déclaré que leur qualité de sommeil avait diminué au cours des dernières semaines.

Les contrastes démographiques étaient tout aussi frappants: Les femmes étaient nettement plus susceptibles que les hommes de déclarer une qualité de sommeil inférieure depuis la montée du coronavirus. Cette constatation rejoint les recherches existantes sur les différences entre les sexes en matière de troubles du sommeil, les femmes étant plus susceptibles que les hommes d’être confrontées à de graves problèmes de sommeil. En outre, les membres de la génération X étaient plus susceptibles que toute autre génération de signaler des problèmes de sommeil dus au COVID-19. Ce résultat peut sembler contre-intuitif, car les Américains âgés sont les plus vulnérables aux maladies graves.

Au Royaume-Uni, l’institut de sondage Ipsos Mori a constaté que 38% des personnes interrogées avaient moins ou moins bien dormi que la normale.

La société américaine Express Scripts, un fournisseur de plans d’ordonnances, rapporte que le nombre d’ordonnances exécutées pour des troubles du sommeil a augmenté de près de 15% entre février et mars. Cette augmentation fait suite à cinq années de baisse.

Brandon Peters-Mathews, un spécialiste du sommeil, a expliqué à la plateforme Health.com que le pic d’insomnie pourrait être dû à l’augmentation des niveaux de cortisol, une hormone du stress.

Fini le réveil du matin

L’entreprise de tests ADN 23andMe a constaté qu’un tiers des Britanniques ne met plus de réveil le matin, principalement parce que la routine matinale consistant à préparer la famille pour le travail, l’école et les trajets a été éliminée. 7.06 du matin a remplacé 6.18 pour le réveil.

Le chercheur Neil Stanley, spécialiste du sommeil, a déclaré au journal Daily Mail que cela pourrait être positif pour notre santé, car cela se rapproche de notre heure de réveil génétique naturelle.

Mais une fois dans les bras de Morphée, les difficultés continuent. Ainsi lorsque nous arrivons enfin à nous endormir, nos rêves sont plus susceptibles d’être vifs et étranges. National Geographic rapporte que des instituts de recherche du monde entier étudient désormais ce phénomène. Parmi eux, le Centre de recherche en neurosciences de Lyon a enregistré une augmentation de 35% des rappels de rêves et une hausse de 15% des rêves négatifs.

Ces deux découvertes laissent entrevoir une cause probable: les neuroscientifiques affirment qu’un stress accru rend nos rêves plus vivants, tandis que le rappel des rêves est accru par des réveils fréquents - comme c’est souvent le cas dans les situations stressantes.

Une autre théorie est qu’en raison de journées souvent répétitives et fastidieuses, le cerveau creuse plus profondément dans le subconscient pour trouver des images et nous réserve souvent des surprises.

Au Luxembourg aussi, la plateforme covid19-psy.lu délivre ses conseils sur notre sommeil en cette période si particulière, et un webinar sur le sujet a été dispensé au courant du mois de mai pour tous les curieux qui souhaitaient mieux comprendre les cycles du sommeil. Les chercheurs de l’université du Luxembourg se penchent également sur le sujet avec une étude où ces derniers cherchent à comprendre comment la pandémie peut affecter la santé mentale de la population. L’objectif est ainsi à terme de mieux soutenir les personnes touchées, mais aussi d’aider les politiques dans leurs prises de décisions.

Des scientifiques ont lancé des collectes de rêve

Le temps d’un songe

Paris  De quoi rêve-t-on en ces temps de pandémie? Scientifiques, psychanalystes, historiens, sociologues et anthropologues ont lancé des collectes de rêves, pour faire avancer la recherche sur la vie onirique mais aussi mieux comprendre la période actuelle. Début avril, Perrine Ruby et son équipe ont élaboré «en une semaine» une enquête pour «savoir de quoi les gens rêvent» pendant que le Covid-19 sévit et que les Français doivent rester confinés.
«On sait qu’on rêve de ce qu’on vit, de notre quotidien, de ce qui nous préoccupe, et de nos souvenirs émotionnels. Donc il y avait toutes les raisons de penser que la pandémie allait s’incorporer dans les rêves», souligne cette chercheuse au Centre de recherche en neurosciences de Lyon.
Le projet se poursuit mais les résultats préliminaires montrent déjà que le sommeil et les rêves sont bien «chamboulés», ajoute-t-elle.
Un grand nombre des quelque 2.700 participants ont indiqué «dormir plus» mais aussi avoir «plus de mal à s’endormir», avoir «plus de réveils» au cours de la nuit. Beaucoup disent se rappeler davantage de leurs rêves. «Cela peut s’expliquer par deux choses au moins: le fait de se réveiller plus la nuit et le fait d’avoir une intensité émotionnelle plus importante», précise-t-elle. Dans les récits oniriques, elle constate «deux tendances»: «maladie, hôpital, mort, étouffement, isolement... tous ces thèmes sont très représentés» mais «en contrepoids, il y a aussi beaucoup de thèmes très positifs: interactions avec autrui, fêtes, coopération» et un «érotisme accentué».
«Il y a vraisemblablement un côté cathartique - les émotions très pénibles qu’on vit dans la journée s’expriment à travers le rêve - et il y a aussi le côté compensation: tout ce qu’on ne peut pas vivre la journée, on le vit dans les rêves», explique-t-elle.  ANNE LECH’VIEN (AFP)