LUXEMBOURG
CARLO SUNNEN

Une «production» culturelle «nationale» au service du «Nation Branding»

Professeur de philosophie et d‘anglais à la retraite, Carlo Sunnen nous livre ici ses réflexions sur la philosophie au Grand-Duché.

I. Le problème de la «philosophie nationale»

En 1968, Jean Dupong (1922-2007) introduit la philosophie dans l’Enseignement secondaire classique luxembourgeois. 50 ans plus tard, et contrairement à la pratique dans les universités étrangères, notamment ibériques, la «production» philosophique luxembourgeoise n’est toujours pas exposée aux étudiant-e-s en philosophie de l’Université du Luxembourg. Or, ce fait à lui seul pose déjà le problème de la philosophie «nationale», un problème qui se règle pourtant si on conçoit la philosophie «luxembourgeoise» comme faisant partie de la littérature générale c.-à-d. dans notre cas, de la littérature luxembourgeoise, dont elle forme un sous-groupe spécialisé, celui d’une littérature philosophique «luxembourgeoise».

Mais une telle philosophie «luxembourgeoise» risquera de reposer sur un mal-entendu concernant le terme même de «philosophie luxembourgeoise»: s’agira-t-il 1. d’une philosophie «proprement nationale», ou plutôt 2. d’une philosophie «faite au Luxembourg”? Autrement dit: Y a-t-il des exemples concrets de philosophies «proprement nationales»? C’est bien le cas, comme nous le montrent des exemples de l’histoire de la philosophie récente. Ainsi, les Français connaissent une «épistémologie française» (se redéployant tout récemment en une «néo-épistémologie française») qui constitue une manière spécifiquement française, «nationale», d’aborder, dans la langue d’une nation particulière (la France), une discipline philosophique particulière, l’épistémologie, sous une optique et avec une mise en oeuvre proprement nationales c.-à-d. françaises.

Cette «épistémologie française» est située au confluent de la métaphysique «spéculative» et des sciences (mathématique, logique, physique etc). Quant aux Américains, le «Department of Philosophy» de la «University of Hawaii at Honolulu» présente, pour le seul semestre d’automne 2016-2017, ceci: «PHIL 320: American Philosophy (3)? Survey of major philosophers and schools in development of American thought up to modern times...».

II. La théorie du concept de «philosophie nationale»

Dans son article fondamental «Sobre el concepto de «Historia de la filosofía española» y la posibilidad de una filosofía española» publié en 1991, Gustavo Bueno (1924-2016), professeur athée de philosophie à l’Université d’Oviedo dans les Asturies, pense la théorie de la philosophie «nationale” «au sens large» en prenant en exemple la philosophie espagnole «au sens strict» c.-à-d. «académique». Pour circonscrire celle-ci, Bueno avance un «faisceau minimal» de «prémices» (nous simplifions): 1. «La philosophie n’est pas une science.» 2. «La philosophie n’est pas une simple idéologie, une «Weltanschauung» [terme de Bueno].»

3. «Nous entendons par philosophie au «sens strict» un savoir du «second degré» (comparé aux autres savoirs, parmi lesquels nous comptons les savoirs scientifiques), bien qu’elle soit une «activité rationelle» et non simplement «subjective».» 4. «Quoiqu’elle ne soit pas une science au «sens strict», la philosophie peut néanmoins fournir des bases neuves à l’horizon d’une nation.» [...]

6. «Si en Espagne, il ne se trouve pas un Kant, un Hegel, un Heidegger, un Wittgenstein etc. comme archétypes de «philosophes universels», ceci ne veut pas dire que la «philosophie espagnole» soit frappée d’une débilité congénitale. Nous croyons plutôt savoir que de tels noms fonctionnent en de nombreuses occasions comme des «fétiches» [terme de Bueno] et que le label qu’il convient d’attribuer à ces grands philosophes n’est pas du même gabarit que le label qu’on attribue aux grands scientifiques des sciences positives (du point de vue de la philosophie, l’importance d’un Heidegger ou d’un Wittgenstein ne peut pas se comparer à l’importance d’un Einstein ou d’un Darwin, du point de vue de la science.).»

7. «Concluons: l’«Histoire de la philosophie espagnole» comme nous [=Bueno] l’entendons veut dire: «Histoire de la philosophie espagnole au sens restreint et pensée en espagnol». Et nous [=Bueno] maintenons que la philosophie espagnole peut exister et a existé.»

III. Une «philosophie nationale luxembourgeoise» est possible

...Ce qui nous [=l’auteur de cet article] fait proclamer: «...et nous maintenons que la philosophie «luxembourgeoise» comme nous l’entendons peut exister, a existé et existe!» Ceci pour le principe. Car si l’on prend les exemples français, américain, etc. de philosophies faites sur un territoire déterminé et/ou spécifiquement nationales c.-à-d. produites d’une manière propre à la nation en question, la réponse aux questions du § I. sera: «Oui, tant une philosophie «faite au Luxembourg» qu’une philosophie «nationale et luxembourgeoise» sont parfaitement possibles, ces termes ne renfermant en eux-mêmes aucune contradiction interne.»

Quant à la langue dans laquelle une telle philosophie «luxembourgeoise» se produit, nous dirons que, de même que les philosophies (ou disciplines philosophiques) nord-américaine, française, japonaise, chinoise, etc. se font le plus normalement du monde dans la langue (ou les langues) en usage sur les territoires en question, une philosophie «nationale luxembourgeoise» faite avec les moyens luxembourgeois, voire en luxembourgeois, est non seulement possible, mais parfaitement légitime! [voir § V.] Quant à savoir s’il s’agit dans notre cas, d’une philosophie «proprement nationale» ou plutôt d’une philosophie «faite au Luxembourg», nous dirons que la philosophie «faite au Luxembourg» est une philosophie «proprement nationale», reflétant une manière de «produire du philosophique” propre à la manière de penser ou au «style» luxembourgeois (tout comme le vin cultivé sur le sol luxembourgeois est une «production» de l’oenologie «nationale luxembourgeoise»).

Il ne s’agit donc pas dans notre cas de faire de la «grande» philosophie à la manière française, américaine, etc.; et s’il est clair que, dans un avenir prévisible, nous n’aurons pas de «grands» penseurs (m/f), nous aurons d’un autre côté l’avantage de ne pas disposer de «fétiches» en la matière.

Voilà pourquoi, et pour autant qu’elle restera déterminée, polie et modeste c.-à-d. diplomatique, la philosophie luxembourgeoise «comme nous l’entendons», peut exister, a existé et existera - tout comme le football, le cyclisme, le tennis, l’industrie des fonds écolo, etc. luxembourgeois existent et existeront... Et nous en venons au coeur de notre recherche, avec prière de faire attention - nous ne parlerons dorénavant plus que de philosophes luxembourgeois «bien de chez nous»!

IV. La philosophie «nationale» se trouve d’abord chez les penseurs luxembourgeois…

Ainsi, pour le 19ème siècle, nous trouvons à la BNL le Luxembourgeois Jean-Michel Kleyr (1803-1866), prêtre à Imbringen («Amber») et docteur en philosophie, avec un faible avéré pour les sciences alors en plein essor à l’aune desquelles Kleyr mesure le savoir humain tout en démolissant l’idéalisme kantien.

Un an avant son déces, Kleyr publie «La philosophie et les sciences naturelles» (1865), (on-line à la BNL). C’est l’édition de 1704 de «Opticks» d’Isaac Newton qui guide Kleyr en lui servant de conclusion: «Query 21: ...The main Business of Natural Philosophy is to argue from Phenomena without feigning Hypotheses, and to deduce Causes from Effects, till we come to the very first Cause, which certainly is not mechanical.»

Dans «Notice sur M. Émile Tandel, professeur de philosophie à l’Université de Liège» (on-line à la BNL), l’abbé Kleyr présente également le Luxembourgeois Émile Tandel (1804-1850), qui était e. a. professeur de statistique et d’économie politique à l’université de Louvain, avant d’être appelé par le gouvernement belge à l’université de Liège pour y occuper la chaire de philosophie, où il publia en 1841 son «Cours de logique à l’usage de l’enseignement universitaire» . De son côté, le «Luxemburger Lexikon - Das Großherzogtum von A-Z» de Georges Hausemer (Editions Guy Binsfeld, Luxembourg 2006, p. 132) nous présente Théophile Funck-Brentano (1830-1906).

Ce médecin ultérieurement naturalisé Français, qui avait payé de sa personne en soignant pendant la guerre franco-allemande de 1870-1871 les soldats blessés sur les champs de bataille lorrains, était également philosophe et sociologue, professeur à l’«École libre des sciences morales et politiques» et co-fondateur en 1895 du «Collège libre des sciences sociales» . Parmi ses nombreux écrits d’histoire et de philosophie, des extraits de «Introduction: Chapitre III «Du génie des grands philosophes» » relatifs à l’expérience philosophique et tirés de «Les sophistes grecs et les sophistes contemporains» , publiés à Paris en 1879, peuvent être lus on-line chez gallica.fr. Le jour même de sa mort, Funck-Brentano proclama à son fils aîné et à sa belle-fille: «De tous les arts, le plus difficile est l’art de penser, mais de tous les arts le plus inconnu est de savoir mourir» ...

V. …et davantage encore chez ceux du XXe siècle (et au-delà)…!

Pour le 20ème siècle, le même «Luxemburger Lexikon» mentionne deux penseurs luxembourgeois ’antipodaux’ qui, à eux seuls (mais à côté de beaucoup (!) d’autres attendant d’être traités en détail), représentent chacun la pensée philosophique au Luxembourg contemporain - par ordre alphabétique: Jules Prussen (1914-1976) et Edmond Wagner (1931-2004), issus de la «Collation des grades» en tant que professeurs de philosophie (Théorie de la connaissance & Métaphysique) aux Cours supérieurs resp. au Centre universitaire du Luxembourg. Les principales oeuvres de Prussen furent publiées «post mortem»: «Essais et conférences» (1985); «Apologie du solipsisme» (1986); «Cours de théorie de la connaissance» (1992); celles de Wagner le furent «ante exitum»: «Science et humanisme. Les conférences de la Société Teilhard de Chardin» (1971); «L’homme dans l’univers» (1985); «Science, métaphysique et théologie à l’échelle de l’évolution cosmique» (1990). Voici un très bref aperçu de leurs positions philosophiques respectives.

Jules Prussen, dans son «magnum opus» «Apologie du solipsisme», ré-introduit en philosophie le sujet (le «moi») contre la dépersonnalisation occasionnée par la philosophie «analytique» anglo-saxonne depuis le début du 20e siècle. La position prussénienne est un dérivé tant du dilemme pascalien des «Pensées»: «348. Par l’espace, l’univers me comprend et m’engloutit comme un point; par la pensée, je le comprends.», que d’une re-lecture de Heidegger de «Was ist Metaphysik?»: «...So sicher wir nie das Ganze des Seienden an sich absolut erfassen, so gewiß finden wir uns doch inmitten des irgendwie im Ganzen enthüllten Seienden gestellt. Am Ende besteht ein wesenhafter Unterschied zwischen dem Erfassen des Ganzen des Seienden an sich und dem Sichbefinden inmitten des Seienden im Ganzen. Jenes ist grundsätzlich unmöglich. Dieses geschieht ständig in unserem Dasein.»

Dès sa «thèse d’examen pratique» (1958) «Quelques aspects du problème de la finalité chez Nicolai Hartmann et Raymond Ruyer», Edmond Wagner présente son problème métaphysique fondamental, celui de la téléologie («finalité»): si la question: «Le monde est-il agencé à partir de - et vers une - source de sens transcendante?» trouve comme réponse un «oui», une deuxième question se pose: «Quelle sera la place du moi dans ce monde pour ainsi dire «pré-positionné» dès le départ?» Ce qui permet à Wagner de transcender les données de la science en les lisant comme une voie vers un humanisme à venir trouvant sa place dans l’«évolution cosmique» selon Teilhard de Chardin (1881-1955): «L’Univers est en constante évolution vers des degrés toujours plus hauts de complexité, de conscience et d’humanisation, le point Oméga - avec «la fin du Temps»- étant à la fois cause et aboutissement de cette évolution.»

VI. La philosophie luxembourgeoise sur la voie de l’enseignement universitaire?

Tout ceci pour donner un premier aperçu sur la richesse de la «production philosophique» luxembourgeoise, ainsi que sur la précision, la profondeur et la prudence (les «Trois P») des investigations et des réponses (et/ou non-réponses) fournies - réponses qui, 50 ans après l’introduction de la philosophie dans l’enseignement luxembourgeois n’ont pas encore trouvé une place dans le syllabus d’une Université du Luxembourg offrant un cursus philosophique conséquent et respectueux de l’histoire intellectuelle et culturelle du pays. Comment donc faire? En prenant tout simplement modèle sur e. a. l’Espagne de Gustavo Bueno. Voici une proposition d’étapes: 1. Mise sur pied (avec financement EU/Lux.) d’un «Groupe de recherche «Philosophie luxembourgeoise»» à l’ULuxembourg; 2. Inventaire de la «production» philosophique - généralement quelconque - sur le territoire «luxembourgeois» depuis les débuts jusqu’à nos jours (au Moyen-Âge, les empereurs «luxembourgeois» dominaient une grande partie de l’Europe jusque vers les Carpathes!); 3. Voir du côté de la presse (!) et de la litterature luxembourgeoises - dans beaucoup d’universités de par le globe, les rapports entre philosophie et littérature sont examinés de très près; 4. Analyser les sources quant aux contenus proprement «philosophiques», pour le cas échéant dégager une philosophie «au sens large» [=non-académique] de Gustavo Bueno; 5. Faire une chronologie des sources; 6. Dresser une «Anthologie» scientifique («au sens strict») des sources, en ayant soin de placer le tout dans un contexte supra-national («européen-global»); 7. Mettre sur pied un cours de «Philosophie luxembourgeoise» en «Bachelor of Philosophy 1st year» et/ou en «Studies in Luxembourg Culture»; 8. Encourager une «recherche en philosophie luxembourgeoise», en vue p. ex. d’un «existentialisme analytique” construit sur l’identité (=) de l’essence et de l’existence sartriennes, pour dés-intentionnaliser «le néant au coeur de l’homme»; 9. Prôner la rédaction de textes/monographies de philosophie rédigés, parmi d’autres langues, en luxembourgeois, ainsi que des volumes du type «Que sais-je?» (+/- 120 pages) sur «La pensée philosophique luxembourgeoise» (un tel plan sur 1 page existe); 10. Développer les échanges intra- et extra-nationaux en la matière par des conférences, colloques, symposiums, enquêtes, «concours philosophiques» etc. (pourquoi ne pas organiser au Luxembourg un «Concours Européen de/en Philosophie»?), en y incluant e. a. les Archives nationales, le Focuna, les Départements de Philosophie, d’Histoire, des Littératures et des «Cultural Studies» de l’ULuxembourg, la BNL et les bibliothèques spécialisées comme le CID-Femmes [pour développer la «Women’s Philosophy» selon les remarques de la philosophe américaine Sandra Harding (1935-...) dans son article «Is Gender a Variable in Conceptions of Rationality?»: «Are ’the problems of philosophy’ really human problems, or do they only reflect disproportionately what appears problematic to men?»], le CNL, la «Luxembourg School of Religion and Society», les musées etc.; 11. Développer des activités philosophiques «utiles» en suivant une remarque de Wittgenstein (1889-1951) dans le «Tractatus Logico-Philosophicus» (1918): «4.112 ...Die Philosophie ist keine Lehre, sondern eine Tätigkeit.»; parmi ces activités: 1. Promouvoir la «psychanalyse existentielle» de Jean-Paul Sartre (1905-1980) telle qu’il la présente dans «L’être et le néant»; 2. Introduire la «Philosophische Praxis» dans le sens de Gerd A. Achenbach (1947-...), comme «freiberufliche philosophische Tätigkeit» au service des «visiteurs» (m/f)... 3. «Dé-germaniser» l’enseignement philosophique universitaire luxembourgeois en le re-déployant vers les «Sprachspiele» etc. de l’Autrichien Ludwig Wittgenstein, originaire du pays de l’impératrice Maria Theresia (1717-1780) bien connue chez nous pour son influence positive c.-à-d. pragmatique et diplomatique (Karl Wittgenstein, le père de Ludwig Wittgenstein et un des fondateurs richissime de l’industrie sidérurgique autrichienne, était un familier de «notre» Émile Mayrisch).

VII. La philosophie «luxembourgeoise» apportera sa propre réponse à la «question complexe» de Nicolas Ries: «Qu’est-ce qui est proprement luxembourgeois?»

En procédant de la sorte, la philosophie «nationale» «luxembourgeoise» s’alignera sur les recommandations publiées le 17 février 2017 dans le «Report on the evaluation of the «Identités. Politiques, Sociétés, Espaces (IPSE)» Research Unit at the University of Luxembourg [...] as commissioned by the Ministry of Higher Education and Research of Luxembourg»: le «Institute of Philosophy» (qui fait partie du IPSE) est certes (p. 10) «strongly marked by German philosophical culture, with one of its key research areas being German idealism (Kant to Hegel)», quoique (p. 11) «...the Institute of Philosophy does not seem to be as integrated in the IPSE as it could be», et ce bien que (p. 7) «a strength of the research unit is its focus on Luxembourg, which should be made even stronger» avec comme visée générale (ibid.) l’«improvement regarding its international visibility as a research entity»; ou, pour relire Kant, qui dans «Anthropologie in pragmatischer Hinsicht (1798)» demande à l’Université de devenir l’«...Unternehmen, die Universität zur Institution der anwendbaren Menschenkenntnis zu erheben.» Le développement des recherches en «Philosophie Luxembourgeoise» pourrait de la sorte être en accord tant avec la «Recommendation 6» (p. 15) du «Report» sus-mentionné: «Increase the impact of Luxembourg studies beyond a regional focus to the broader European and global levels», qu’avec les moyens préconisés par l’«evaluation team» (ibid.): «The expert team recommends that the IPSE increase the visibility and impact of Luxembourg studies beyond a regional focus to the broader European and global levels by showing more explicitly the contribution of the studies to the international methodological, conceptual, or theoretical debates.»

Ainsi, en «fournissant des bases neuves à l’horizon d’une nation» (Bueno, § II.), la philosophie luxembourgeoise contribuera sa propre réponse à la «question complexe» de Nicolas Ries dans son essai de psychologie «Le Peuple Luxembourgeois» (1911/1920; p. 20-21): «.... L’ethnographie, l’histoire et la philosophie [sic!], d’autres disciplines encore et à tour de rôle, devront nous fournir des réponses à la question complexe: «Qu’est-ce qui est proprement luxembourgeois?»... Il va de soi que dans le caractère d’un peuple aussi peu que dans celui d’un individu pris isolément, il ne saurait y avoir une qualité fondamentale, unique, d’où découleraient et par laquelle s’expliqueraient toutes les qualités distinctives de ce peuple... Il n’y a que l’histoire entière d’un peuple qui puisse nous donner une image fidèle des caractères constants de sa vie morale, de ceux qu’on retrouve dans toutes les manifestations de sa vie et de sa civilisation, qui viennent toujours à la surface, souvent après de longues époques de léthargie, et qui sont d’une importance capitale dans les relations internationales.» C’est «l’histoire entière» seule qui nous sort du passé vers ce présent qui prépare notre avenir - «Le passé n’est pas tout”, disait Pierre Frieden... Et de ce qui précède, deux lignes de force se dégagent déjà: 1. la conception de notre «Mischkultur» telle que vue par Batty Weber en 1909 sera sérieusement remise à jour, en allant du «local» vers le «global» et le «méta-national»; 2. «la philosophie», comme prédit par Nicolas Ries, aura un rôle à jouer dans ce processus. «Let’z get it done!». Carlo Sunnen