LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Deux économistes s’accordent à dire que la croissance économique est en train de freiner

Les chefs économistes sont formels: la croissance est en train de ralentir. De là à s’attendre à une récession prochaine? La question n’est pas «si», mais plutôt «quand». Yves Nosbuch, économiste en chef de la BGL BNP Paribas était invité mercredi à la conférence des gestionnaires d’actifs de l’ALFI. Son intervention commence par un petit sondage auprès de la salle, où l’audience estime que la prochaine récession aura lieu aux Etats-Unis en 2020 ou 2021, pour la zone euro elle pourrait advenir après 2022. «Vous êtes donc plutôt confiants pour cette année, mais l’inquiétude pointe pour les Etats-Unis dès 2020», conclut l’économiste.

Yves Nosbuch se base sur les données actuelles pour faire un état des lieux. La production industrielle se porte encore bien aux Etats-Unis, ce qui n’est pas tout à fait le cas de la Chine, tandis qu’en Europe, l’Allemagne est en difficulté. Mais ce n’est pas un indicateur déterminant, ce qui inquiète le plus l’économiste, c’est la détérioration des exportations : «Ce ralentissement s’explique plus par des facteurs extérieurs, le volume mondial d’échanges est en baisse».

L’économie étant un éternel recommencement, Yves Nosbuch observe que les récessions aux Etats-Unis ont tendance à être précédés par une inversion de la courbe de rendement: «En ce moment, la courbe est toujours positive, mais elle est surestimée, dans le bon sens du terme». La courbe du chômage est également un facteur à prendre en compte: «Quand le chômage augmente, la récession n’est pas loin. Et nous nous rapprochons de la fin d’un cycle», estime Yves Nosbuch.

Autant dire que la prochaine récession n’est pas loin, tous les indicateurs convergeant dans la même direction. Pour autant, l’économiste en chef se veut rassurant, «le feu n’est pas encore au rouge», assure-t-il.

C’est vers la Chine que tous les yeux se tournent

De son côté, Guy Wagner, «chief investment officer» de BLI - Banque de Luxembourg Investments, se base sur d’autres indicateurs pour donner son aperçu de l’économie actuelle dans le «Highlights» de la banque de ce mois-ci. Ainsi, aux Etats-Unis, tant la consommation des ménages que les investissements des entreprises ont montré des signes de faiblesse récemment, tandis que la zone euro montre une divergence importante entre l’activité industrielle et celle des services. «La zone euro affiche une divergence importante entre une activité industrielle particulièrement faible en raison de sa forte dépendance à l’égard de la demande externe et une activité des services qui se montre relativement résistante vu la poursuite de l’amélioration du marché de l’emploi», indique Guy Wagner.

Mais c’est vers la Chine que tous les yeux se tournent: les autorités publiques prennent des mesures de stimulation monétaire et fiscale susceptibles d’entraîner une reprise économique en cours d’année. «La signature probable d’un protocole d’entente entre l’administration américaine et les autorités de Pékin devrait empêcher une escalade supplémentaire du conflit tarifaire et favoriser une reprise progressive du commerce mondial, bien qu’un accord éventuel ne signifie pas que les tensions géopolitiques entre les deux plus grandes économies mondiales soient définitivement résolues», indique le CIO.