LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Le Luxembourg séduit davantage les ultra-riches, avec près de 400 milliards d’euros gérés

La banque privée se porte bien au Luxembourg, à en croire les chiffres présentés mardi par le PBGL, le cluster de l’ABBL dédié au secteur. 395 milliards d’euros d’actifs sous gestion l’an dernier, cela représente une croissance de près de 10% par rapport à 2017 et même de 76% depuis 2008.

«Quand nous étions en 2009, après la crise, beaucoup prédisaient la fin de la banque privée au Luxembourg et même de la place financière luxembourgeoise. Le contraire s’est produit», a résumé le sourire en coin Pierre Etienne, président du «Private Banking Group, Luxembourg».

L’organisation a sondé 57 banques privées de la place, en partenariat avec la CSSF et l’ABBL. L’étude montre que 84% des actifs sous gestion au Grand-Duché proviennent de l’Europe. Cet ancrage particulier distingue la place de ses concurrents britanniques et suisses, selon François Dacquin, vice-président du PBGL. «La croissance (de notre marché) est liée à la croissance européenne, ce n’est pas le cas de la Suisse et de Londres», a-t-il souligné.

Quant à la clientèle, elle est majoritairement composée de «very» et «ultra high net worth individuals», c’est-à-dire des personnes ayant des actifs supérieurs à 20 millions d’euros. Elles représentent 56% de l’ensemble, loin devant les «high net worth individuals» disposant entre 1 million et 5 millions d’euros (16%). Les ultra-riches sont non seulement majoritaires mais en plus, leur part est croissante puisqu’elle est passée de 51% en 2014 à 56% l’an dernier. Cette clientèle est réputée sophistiquée et exigeante, l’occasion pour le PBGL de souligner l’importance du volet règlementaire. «Il est extrêmement important pour la place financière que les acteurs se conforment entièrement aux normes anti-blanchiment», a appelé Pierre Etienne. D’autant plus que l’an prochain, le GAFI (Groupe d’action financière) mènera une évaluation du Luxembourg en la matière.

Nombreux défis en vue

Le président a passé en revue les autres défis du secteur comme la pression sur les marges en ce contexte de taux bas. Bien que «le banquier privé n’a pas vocation à gérer du cash», a-t-il insisté, force est de constater qu’un client désirant convertir l’entièreté de ses actifs en liquidités pose un problème de rentabilité à sa banque privée. «Il n’est pas à exclure, pour ce type de client, qu’il y ait un retransfert des pertes subies par la banque sur le client sous la forme d’une tarification adéquate», a averti Pierre Etienne. Celui-ci a mis en avant la consolidation du marché, où l’objectif est plus que jamais d’atteindre une masse critique. «A terme, seuls les acteurs importants pourront survire dans le secteur», a-t-il prévenu. Quant au Brexit, le PBGL estime qu’il a revitalisé le secteur de la banque privée au Luxembourg en renforçant sa position en tant que centre de référence pour ce métier. Quant à la digitalisation et aux fintech, «ce ne sont pas des compétiteurs mais des facilitateurs», a résumé Pierre Etienne pour qui «un robot advisor ne remplacera jamais à nos yeux le banquier mais il pourra l’aider». Au total, le secteur de la banque privée génère 6.676 emplois directs, un nombre stable selon le cluster qui totalise 1,74 milliard d’euros de chiffre d’affaires à la fin 2018.