LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

De la théorie à la pratique: le Paul Wurth InCub organisait hier une présentation dédiée à l’économie circulaire

La réduction des déchets est devenue une préoccupation pour les industriels, mais encore faut-il que leur «bonne action» soit rentable sur le plan économique. Du côté des politiques, le nouveau gouvernement a inscrit cette approche dans son programme. Ainsi le Luxembourg veut passer d’une économie linéaire, où l’on produit un objet qui finit à la poubelle, à une économie dit circulaire, où les déchets deviennent des «ressources du futur». Si la lutte pour sauver l’environnement était basée sur le bâton, aujourd’hui des entreprises font état de la carotte en utilisant le potentiel des déchets, plutôt que de s’en débarrasser sans but, ce qui a de toute façon un coût.

Hier, le Paul Wurth InCub organisait une présentation pour montrer que l’économie circulaire est devenue une réalité. Le recyclage c’est bien, la revalorisation des déchets, c’est encore mieux. Tel est le credo de l’économie circulaire qui met en avant la réutilisation et la valorisation des déchets, bien avant le recyclage, qui est vu comme un coût pour les entreprises. Comme exemple, la société irlandaise Eiravato, participante au programme Fit4Start, a présenté hier son concept. Il s’agit de digitaliser la production de déchets industriels avec un outil qui identifie les déchets, les classifie et met en place un «marché» qui met en relation vendeurs et acheteurs. Certaines entreprises ont ainsi pu transformer leurs déchets qui étaient des coûts en bénéfices.

Des palettes de bois en pellets

Par exemple avec des palettes en bois qui étaient jusque-là incinérées sont désormais valorisées en pellets de bois, vendus par la suite. D’autres, qui produisaient des déchets de plastique de couleur, mais pas en assez grande quantité pour intéresser d’autres industriels, ont été mis en contact avec des ONG qui elles en ont besoin pour faire de l’art. D’autres font don de leur nourriture et autres sandwichs non consommés chaque jour à des associations qui viennent en aide à des sans-abris. «C’est un changement qui est bon pour la société, pour l’environnement et enfin pour l’économie», estime Marcin Kulik, CEO d’Eiravato. S’il est difficile de ne pas produire de déchets, Eiravato propose des solutions pour que les entreprises trouvent des solutions, une seconde vie à leurs déchets.

Hier, l’entreprise Nypro Ireland, issue du groupe Jabil, a livré son témoignage. Depuis sa collaboration avec la société de gestion de déchets, Nypro a réduit ses déchets de 70%, sans compter un revenu supplémentaire de 470.000 euros et une réduction de 80% du temps administratif et des coûts de transport. Gérer ses déchets a de toute façon un coût, ils prennent de la place sur le site de l’entreprise, il faut les déplacer, les valoriser c’est un plus pour l’entreprise qui va y trouver son compte. De fait, il n’y a plus besoin de se préoccuper de l’environnement pour que les comptables y voient un intérêt. Jeter est une pure perte alors que valoriser, réutiliser, revendre est une nouvelle source de revenus pour l’entreprise.

Transformer des coûts en recettes

Issu du secteur de la santé, un responsable présent de Nyko estime que les risques en matière de transparence et de conformité sont légion dans le domaine de la gestion de déchets. «Nous sommes dans une ère de la digitalisation des déchets, il nous faut capter et évaluer leur valeur, avec ces outils la paperasse est en ordre avant même l’audit, ce qui nous fait gagner beaucoup de temps».

Christophe D’Amico, directeur du site de Clervaux de Tarkett Luxembourg, a également vu le potentiel de la valorisation des déchets de son industrie. La société vend chaque jour au niveau mondial 1,3 million de mètres carrés de revêtement de sol. Aujourd’hui, 71% des matériaux sont recyclés, rapidement renouvelables ou abondants dans la nature. Une volonté forte de l’entreprise qui a réduit entre 2010 et 2017 9% de ses émissions de gaz à effet de serre. Pour Christophe D’Amico, cette politique de transparence a permis à sa société de réduire la toxicité de ses revêtements, de vendre des produits plus durables et meilleurs pour la santé des clients. Un bon point pour l’image de Tarkett, sans coût supplémentaire pour l’entreprise, bien au contraire. L’auditoire hier composé d’autres professionnels de l’industrie ont pris des notes sur cette révolution de l’économie circulaire. Pour arriver à transformer des coûts en gains, la recette n’est probablement pas simple à appliquer, mais elle mérite de s’y attarder.