ESCH/ALZETTE
JEAN-PIERRE COUR

Pour le président du Grand Est, la mobilité doit être au coeur de l’action

Jean Rottner, président de la région Grand-Est, avait suivi jeudi l’invitation de l’Institut de la Grande Région à la Maison de la Grande Région à Esch/Alzette pour faire le point sur les problématiques entre la France et le Grand-Duché. Parmi les difficultés liées aux désormais 103.000 navetteurs entre la France et le Luxembourg, la mobilité est en première ligne. L’on se rappelle que le ministre luxembourgeois des Transports, François Bausch, traitait l’abandon possible du projet de l’A31 bis en France de «regrettable» et de «problématique». Interrogé par nos soins sur les atermoiements français sur le doublement de l’A31, le patron de la région Grand Est ne mâche pas ses mots: «L’A31 bis doit voir le jour!... Toutefois la solution du futur n’est pas de rajouter des voitures à d’autres voitures. Il faut que le ministre des Tansports luxembourgeois le comprenne. Il faut sortir du politique pour aller vers l’aménagement du territoire. On a dans le Grand Est une vision différente de Paris sur les problèmes transfrontaliers. Du coup, l’on doit dans le même temps envisager toutes les solutions comme l’auto-partage, le télétravail etc. On a donc besoin aussi ici d’une diplomatie de proximité».

En attendant l’Etat…

Sur l’investissement ferroviaire modeste de la France par rapport aux besoins futurs, Jean Rottner nous répond: «C’est vrai que la France tarde dans le dialogue. Pour l’instant, c’est la Région qui avance les fonds à l’Etat. Sur les projets, on est en attente de la position du gouvernement. Dans le système de sécurité européen devant équiper les trains, notre région engage 126 millions d’euros en investissements. De surcroît, concernant aussi les lignes SNCF Metz/Luxembourg, on s’engage sur le long terme. Donc il est normal que l’on réfléchisse un peu. Mais d’autres chantiers sont aussi à l’ordre de jour», a souligné Rottner, qui pense notamment aux regroupements hospitaliers. Autre chantier à mettre en route, celui de l’Intelligence Artificielle (IA). «Le Luxembourg a envie de développer de futurs supercalculateurs. Nous sommes des microbes face à la Chine ou le Canada. Il faut y travailler maintenant. Nous avons dans la Grande Région toutes les compétences nécessaires et ici, Sarrebruck a déjà pris de l’avance. Nous pourrions trouver notre place au niveau mondial. Peut-on concevoir quelque chose d’intelligent au lieu de rester entre nous? Nous avons la possibilité de créer une vallée européenne de l’IA. Les freins sont dans notre tête. N’y rajoutons pas de la politique».

Jean Rottner insiste sur le fait que nombre de retards à la décision viennent d’une absence de réponse de la part des ministères à Paris. C’est la raison pour laquelle il soutient le «Sillon Lorrain» (allant de Thionville à Epinal en passant par Metz et Nancy) qui aurait en charge de répondre aux attentes de la mobilité au nord vers le Luxembourg mais aussi vers le sud de la France tout en mettant en place une cohérence entre les analyses et les besoins de mobilité en Grande Région. Il se dit aussi pour le tout nouveau Pôle métropolitain frontalier au sud du Luxembourg créé en janvier dernier qui aura à résoudre les problèmes très concrets liés au «fait frontalier». Ce dernier ayant aussi une nécessité d‘être un lieu de dialogue avec la Wallonie, le Luxembourg et plus tard avec la Sarre. En conclusion, Rottner ajoute: «Avec le Luxembourg, le dialogue est à réinventer car c’est un Etat qui discute légitimement d’Etat à Etat. Il faut donc inventer un nouveau système de contact local car je ne peux lutter contre un jacobinisme parisien et un autre luxembourgeois. Ici nous portons tous notre responsabilité. Il faut donc faire confiance aux pouvoirs locaux. Il faut dépasser les derniers accords franco-luxembourgeois car nous sommes dans un espace de co-construction et nous sommes capables de réfléchir stratégiquement ensemble. Moi, je suis prêt à y aller».