LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Le syndicat a déroulé hier son programme pour les élections sociales

Le syndicat spécialisé dans le secteur des banques et assurances veut conforter sa position pour les prochaines élections sociales de mars 2019. Fort de la signature historique de la convention collective du secteur bancaire en juillet dernier, texte qui n’avait pas subi de changement majeur depuis 1993, après 18 longs mois de négociations. Une «victoire» sur laquelle le syndicat compte bien pour les élections sociales.

L’ALEBA a donc présenté son programme hier décliné en cinq points: l’emploi, les contrats collectifs, le mieux-être, l’équilibre vie privée - vie professionnelle ainsi que parité et diversité. Avec une représentation de 50% en sectoriel à la Chambre des Salariés (CSL), le syndicat n’envisage même pas d’obtenir un score plus bas, ce qui l’empêcherait de signer des conventions collectives en solo, mais souhaite au contraire «maintenir» sa position, si ce n’est pas la renforcer: «Nous devons être bien représentés au niveau de la CSL, mais aussi au sein des délégations sur le terrain, l’un sans l’autre n’a pas de sens pour nous», estime Laurent Mertz, secrétaire général de l’ALEBA. Le syndicat est présent actuellement dans 130 établissements à travers 700 délégués du personnel: «Nous avions payé les pots cassés suite à la crise financière, c’est toujours ce qui arrive avec ceux qui sont au pouvoir», a expliqué Robert Scolati, le président du syndicat.

Intégrer l’industrie des fonds à la convention collective du secteur bancaire

Parmi les grandes propositions présentées hier à la presse, l’ALEBA souhaite dupliquer la convention collective du secteur bancaire à celui des fonds d’investissement. «Il est inconcevable que le Luxembourg soit premier dans le monde dans l’industrie des fonds mais que le secteur n’ait pas de convention spécifique et les mêmes avantages que le secteur bancaire», indique Robert Scolati qui ajoute cependant que pour les fonds, il est difficile de trouver un interlocuteur unique au niveau du patronat. Le syndicat va même plus loin, au-delà des fonds, l’ALEBA souhaite que les PSF, les «big four» et les fiduciaires soient traités sur le même pied d’égalité que le secteur financier: «A l’heure actuelle, l’ALEBA ne peut pas négocier de convention collective pour ces entreprises, car elles ne font officiellement pas partie du secteur financier», plaide le président.

Le syndicat se préoccupe également des effets de la digitalisation, dont il a bien conscience qu’elle est inéluctable. Pour y faire face, l’ALEBA propose de renforcer les possibilités de formation pour que les employés puissent s’adapter aux changements de leurs tâches. Pour cela, «il faut un panel de formations qui conviennent aux besoins réels des salariés, mais il faut tout d’abord connaître à l’avance le budget alloué et veiller à ce que les salariés aient bien droit à la formation, comme il est stipulé dans la convention collective», explique Safouane Jaouid, «Head of Legal» de l’ALEBA.

La santé des travailleurs du secteur de la finance a également fait l’objet d’un gros chapitre, puisque selon l’ALEBA, le secteur financier aurait «détrôné» le secteur médico-social concernant les maladies psychosociales ainsi que les suicides, indique Laurent Mertz: «Il faut prévenir et assainir le lieu de travail des maladies. La qualité du lieu de travail doit refléter la qualité du dialogue avec la délégation du personnel». Et d’ajouter que le terme «burn out» devrait être enfin pris en compte, alors qu’il est habituellement requalifié en «syndrôme d’épuisement professionnel». «Il faut accompagner les malades de longue durée pour qu’ils puissent réintégrer leur poste dans les meilleures conditions qui soient, et que sa maladie soit prise en compte», ajoute le secrétaire général. Dans la même veine, le syndicat annonce vouloir militer pour instituer un droit au temps partiel, au renforcement du congé parental et du congé sans solde, ainsi que la possibilité pour des collègues de faire «don» de leur congés à un collègue qui doit faire face à la maladie grave d’un enfant ou la fin de vie d’un parent.

Pour ce qui relève plus des promesses électorales, l’ALEBA compte demander aux firmes de prendre en charge, entièrement ou partiellement, le coût des abonnements des transports en commun, pour inciter leurs employés à les utiliser, «une responsabilité sociétale des entreprises», estiment les représentants du syndicat, alors que ces derniers aspirent à ce que l’activité sportive soit prise en compte comme des heures de travail, «cela a été prouvé dans de nombreuses études, le sport réduit l’absentéisme et augmente la productivité des employés». Des réunions en version course à pied sont peut-être pour bientôt.


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