LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Rencontre avec le nouvel Ambassadeur de Belgique au Luxembourg, Jean-Louis Six

Depuis avril, l’annonce de l’arrivée de Jean-Louis Six en tant qu’Ambassadeur de Belgique au Luxembourg ne passe pas inaperçue dans la communauté des Belges du Grand-Duché. Certains connaissent le diplomate de ses nombreuses fonctions exercées pour le ministère belge des Affaires étrangères, d’autres l’ont connu dans les auditoires de l’Université Libre de Bruxelles (ULB) où il est chargé de cours au département des Sciences politiques. En septembre, il retournera pour la dernière fois sur le campus afin d’assurer la deuxième session mais ce passionné ne raccroche pas totalement sa casquette académique: dès octobre, c’est à l’Université du Luxembourg qu’il présentera ses analyses de politique internationale. A la veille de la fête nationale belge, rencontre avec cet ambassadeur professeur.

Vous avez appris en avril que vous étiez Ambassadeur désigné. Qu’avez-vous ressenti?

JEAN-LOUIS SIX C’est un grand honneur de représenter la Belgique ici au Luxembourg et c’est un grand plaisir parce que le Luxembourg est un pays extrêmement intéressant pour un diplomate belge car les liens sont très étroits et très importants. On a le sentiment d’assumer un rôle clé dans notre réseau diplomatique. Même si les relations sont naturellement bonnes entre la Belgique et le Luxembourg, ça ne veut pas dire qu’on ne doit pas les accompagner parce qu’il y a des évolutions qui impliquent qu’il y ait des adaptations, des questions qui doivent être réglées, des évolutions qu’on peut essayer d’accompagner parce qu’il y a des possibilités de synergie entre l’économie belge et l’économie luxembourgeoise. Et puis il y a les relations politiques entre les deux pays qui sont extrêmement importantes. Maintenant on voit le regain de vitalité du Benelux qui un peu est une réponse au Brexit. On a de plus en plus de relations entre les regroupements régionaux par exemple entre le Benelux et les pays nordiques et au sein de ces structures, la relation belgo-luxembourgeoise est vraiment très importante. La Belgique et le Luxembourg pèsent plus évidemment quand ils coordonnent leur position. Et l’ambassadeur - avec toute son équipe - essaie de s’assurer depuis Luxembourg et depuis Bruxelles que les vues convergent le plus possible.

Tout au long de votre parcours, les affaires européennes ont joué un rôle très important. J’imagine que pour vous, être en poste dans un pays aussi europhile que le Luxembourg est un très bon point…

SIX Oui, c’est vraiment une continuité naturelle dans ma carrière. J’ai consacré beaucoup de temps aux questions européennes, puis je me suis consacré longuement à Londres aux questions financières internationales, tout ce qui touche au nouveau cadre règlementaire des activités financières internationales. Pendant quinze ans je représentais la Belgique, le Luxembourg et la Slovénie à la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD). Donc j’ai eu de nombreux contacts avec les ministres luxembourgeois des Finances qui étaient mes mandants: Jean-Claude Juncker puis Luc Frieden et enfin Pierre Gramegna. J’ai aussi bien connu Luxembourg quand j’étais Représentant Permanent adjoint de la Belgique auprès de l’Union européenne, je vivais à l’époque trois mois par an ici et j’ai pu voir comment le Grand-Duché s’est développé de manière absolument remarquable.

Parmi vos mandats passés, vous avez été chef du cabinet du ministre-président de la Région Wallonne. Le Luxembourg essaie de dynamiser la Grande Région, avec votre background vous avez peut-être certaines analyses et conseils quant à la construction de cette Grande Région…

SIX Mon passage à la Région Wallonne m’a sensibilisé à toutes les potentialités de cette coopération transfrontalière et aussi m’a fait identifier le bon niveau opérationnel de la Grande Région, qui est certainement un véhicule extrêmement efficace pour régler une série de problèmes transfrontaliers. Cela permet d’apporter des réponses concrètes aux attentes des citoyens. Par exemple en matière de sécurité nucléaire, si un jour il devait y avoir un souci au niveau d’une centrale, les réponses ou les mesures ne peuvent pas être nationales, elles doivent être coordonnées entre les acteurs sur le terrain et au-delà des frontières. Donc, la Grande Région est la bonne dimension pour se développer au sein de l’Europe et en complément aux relations bilatérales.

Quel regard portez-vous sur les relations diplomatiques entre la Belgique et le Luxembourg?

SIX Elles sont essentielles. Pour des raisons historiques, pour des raisons de proximité des familles régnantes, pour des raisons de proximité entre les populations - on est dans une relation de quasi cousinage entre les Luxembourgeois et les Belges. C’est cela qui a fait que le Luxembourg et la Belgique se sont retrouvés comme des Etats fondateurs de l’UE et que ce ciment est une marque de fabrique de nos relations diplomatiques et de nos relations internationales. Il ne faut pas oublier que la Belgique représente le Luxembourg dans le secteur économique et commercial à travers le monde partout où le Luxembourg n’a pas de représentation.

Voyez-vous des choses à améliorer dans cette relation?

SIX Il y a toujours des dossiers sur lesquels on essaie de travailler, ne fut-ce que par exemple le dossier de la mobilité sur lequel on peut espérer faire des progrès souhaités par les 45.000 travailleurs frontaliers belges au Luxembourg. De manière plus générale, la connexion ferroviaire entre Bruxelles et Luxembourg devrait être améliorée. Il y a des tas de secteurs où la coopération doit rester accompagnée: entre le secteur aérien comme le développement des aéroports, le secteur académique pour les universités. Et puis, il y a tout le secteur de la coopération économique en matière de développement de nouvelles technologies comme le secteur spatial, dans le domaine des satellites où tant la Belgique que le Luxembourg sont demandeurs de davantage de coopération.

Qu’attendez-vous de ce mandat, certains dossiers vous tiennent-ils particulièrement à cœur?

SIX Ma priorité, c’est de m’inscrire dans la continuité de l’excellent travail qui a été effectué par mon prédécesseur. Puis c’est de continuer à développer ce qui a été fait en l’adaptant évidemment puisqu’il va y avoir des élections au Luxembourg puis en Belgique. Donc, il faut pouvoir suivre et expliquer et c’est aussi en cela que consiste notre métier.

C’est continuer à développer les relations qui existent déjà entre politiques et parlementaires de part et d’autre de la frontière, même si les ministres se voient déjà beaucoup lors de réunions européennes. Donc, je ne vais pas réinventer des choses qui existent par ailleurs mais par contre, je vais essayer de mettre ma petite contribution à être un facilitateur dans tous ces dossiers. Ce qui m’intéresse particulièrement, ce sont des dossiers qui affectent le plus possible la qualité de la vie des gens comme la mobilité, les études, les échanges d’étudiants et la coopération économique parce que ça crée de la croissance et donc, ça permet aux gens d’améliorer leur niveau de vie.

JEAN LOUIS-SIX

JEAN LOUIS-SIX

Le diplomate de 62 ans porte pour la première fois le titre d’Ambassadeur. Mais ce diplômé en droit et en études juridiques a de nombreuses cordes à son arc:
Au ministère belge des Affaires étrangères, il a exercé une série de postes de conseiller et de représentant à Genève, Paris, Bruxelles et Namur entre 1987 et 2002.
A la Banque Européenne pour la reconstruction et le développement, il a été administrateur pour la Belgique, le Luxembourg et la Slovénie de 2002 à 2017.
A l’Université Libre de Bruxelles, il a été chargé de cours à la Faculté des Sciences Sociales, Politiques et Economiques ainsi qu’à l’Ecole de Commerce Solvay, de 1992 à 2017.