KRISTEL PAIROUX

La clôture jeudi dernier de la campagne jepeuxvoter.lu marque la dernière ligne droite avant les élections communales d’octobre. Ce scrutin est ouvert aux étrangers résidents au Luxembourg depuis au moins cinq ans et qui se sont inscrits sur les listes électorales. Au Comité de liaison des associations d’étrangers (CLAE), on se félicite de l’opération qui a, selon sa chargée de communication Kristel Pairoux, mobilisé beaucoup d’énergie. Mais bien souvent, un même constat se fait sentir: il est difficile d’attirer les étrangers vers la politique luxembourgeoise.

«On reproche beaucoup aux résidents de nationalité étrangère de ne pas s’inscrire sur les listes et cela a été un argument utilisé lors du référendum de 2015 lorsque leur droit de vote aux élections législatives a été soulevé. Je pense qu’il y a à la fois des éléments historiques, sociologiques et politiques qui peuvent expliquer le phénomène.

Tout d’abord, le système électoral luxembourgeois est particulier, utilisant le scrutin proportionnel et le panachage, et ça peut peut-être déstabiliser les gens. Lors des campagnes de sensibilisation précédentes, nous avons constaté que les électeurs les plus inscrits étaient de nationalité belge et néerlandaise, qui ont un système relativement proche. On peut penser qu’il y a un facteur politique qui joue et donc, qu’il existe une corrélation entre les inscriptions et le système électoral du pays d’origine.

Ensuite, la culture politique peut aussi être déterminante. Le Luxembourg est l’un des seuls pays où le vote est obligatoire. Lorsque j’en discute avec des ressortissants de pays où ce n’est pas le cas, ils expriment comme une sorte de blocage face au vote obligatoire et se demandent comment faire s’ils ne sont pas là le jour du scrutin, etc. Or, il existe des solutions de procuration, c’est important de communiquer sur ce point. J’ajouterai que la question linguistique reste aussi un facteur déterminant. Toute la vie politique locale se fait en luxembourgeois, ce qui est tout à fait normal. Mais cela constitue peut être un frein parce que les électeurs étrangers ne connaissent pas forcément le programme des candidats. Il y a peut-être une méconnaissance des partis politiques luxembourgeois dans les premières années d’installation, mais le taux d’inscription augmente avec la durée de résidence dans la commune. 

Enfin, un autre élément à ne pas perdre de vue est celui qui préoccupe tous les pays européens: le désenchantement de la politique pour une partie de la population. Au Luxembourg, il ne se reflète pas pour l’instant dans des partis extrémistes. Mais force est de constater que la mondialisation fait que de plus en plus de personnes se retrouvent en périphérie de la société et ressentent alors un manque de confiance par rapport au monde politique. 

C’est un monde particulier, la politique. Mais cette année, beaucoup de choses ont été faites dans la campagne de sensibilisation et beaucoup d’associations issues de l’immigration s’y sont impliquées. Toutefois, il reste assez difficile d’expliquer le système politique luxembourgeois à l’ensemble de la population étrangère. Notre message est que la participation politique est une belle manière de faire partie de la cité, de prendre pied sur le territoire où nos enfants grandissent.»

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