LUXEMBOURG
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Le cadre pour une renaissance de l’industrie manufacturière européenne doit se fonder sur les besoins réels des PME, estime une étude du CESE

Selon le Comité économique et social européen (CESE), le système de production manufacturière européen ne peut assurer une transition efficace et compétitive vers une économie numérique et respectueuse de l’environnement de pointe que s’il est prêt à réaliser des investissements conséquents dans l’innovation. Les petites et moyennes entreprises (PME) sont les principales créatrices et pourvoyeuses d’emplois et elles ont de fait besoin d’un soutien particulier. Les mesures prévues par la Commission européenne pour promouvoir un meilleur développement du système de production manufacturière devraient donc être fondées sur une réelle connaissance des besoins des entreprises, en particulier des PME, note le CESE dans une étude publiée jeudi.

Au Luxembourg, les chiffres confirment la tendance européenne. Si les grands groupes sont beaucoup mis en avant, les PME sont majoritaires dans quasi tous les secteurs de l’économie du pays. Au total, le Statec indique que - tous secteurs confondus - les PME représentent 60,4% des entreprises qui ont entre 1 et 249 employés. C’est particulièrement le cas pour le secteur de l’Horeca, dont 86,3%des firmes sont des PME. Les secteurs de la construction (74,4%), industrie (75,1%) et transports (75,9%) sont majoritairement constitués de PME. Seul le secteur immobilier a une minorité de PME (32,8%) parce qu’il s’agit essentiellement d’indépendants sans salariés (67,1%) pour ce secteur.

L’Europe occupe une place de premier plan dans de nombreuses industries manufacturières, notamment dans les secteurs pharmaceutique, de l’ingénierie mécanique et de la mode. 20 %, soit un cinquième des investissements mondiaux en R&D sont réalisés en Europe, qui produit également un tiers des publications scientifiques de haute qualité. Plus important encore, l’industrie manufacturière représente 17,3 % du PIB et 80 % des exportations de l’Union. «Compte tenu de ces chiffres impressionnants, il est essentiel que l’Europe mutualise ses forces pour pérenniser et même renforcer ce secteur», déclare Antonello Pezzini, rapporteur du rapport d’information du CESE sur le thème Favoriser l’innovation progressive dans les zones à forte production manufacturière.

Si l’Europe veut réussir à revitaliser son industrie manufacturière, elle doit s’appuyer sur un tissu solide de PME, avec des plateformes numériques capables d’intégrer différentes technologies: données de production, chaînes de fourniture et de clientèle, systèmes de suivi et de contrôle de qualité recourant dans une large mesure au recyclage ainsi que logistique et personnalisation des produits. Les principaux défis auxquels sont confrontées les entreprises de l’UE, et en particulier les PME, ont principalement trait à l’accélération et à l’accentuation de la mondialisation, à la concurrence de plus en plus forte, notamment en ce qui concerne les nouvelles technologies (IA, big data, blockchain, etc.) ainsi qu’à l’augmentation de la demande en matière d’efficacité et de sécurité des produits, de production durable et d’engagement en faveur de l’économie circulaire.

L’investissement dans l’éducation est essentiel

«Nous ne pouvons ignorer ces défis, nous devons mettre en commun nos forces pour réussir à les relever. Le CESE invite l’Europe et ses différents États membres à mettre en place des stratégies éducatives appropriées, qui sont essentielles pour acquérir de nouvelles compétences et développer de nouvelles perspectives de carrière», souligne Antonello Pezzini. Les nouveaux processus de production requièrent un large éventail de compétences pour faire face à la complexité croissante des algorithmes et aux défis de conception. Selon le CESE, il y a lieu de réserver un financement à l’établissement de liens entre le monde universitaire, d’une part, et les politiques industrielles et le marché du travail, d’autre part. Sans oublier la promotion de la reconversion des secteurs en difficulté en activités à forte croissance, pointe l’organisation.

La révolution industrielle actuelle utilise des modèles numériques tels que l’informatique cloud et le big data, et s’oriente vers une vision où cohabitent l’internet des objets et des produits «intelligents». L’intelligence artificielle revêt une importance particulière dans le cadre de ce processus, car elle est susceptible de doubler les taux de croissance annuels en l’espace de 20 ans. L’UE et ses États membres devraient se concentrer en particulier sur ces nouveaux modèles en prévoyant les instruments financiers et les stratégies d’éducation nécessaires, et aider ainsi les PME à adopter ces nouveaux processus industriels et économiques, préconise le CESE.

«L’Europe doit prendre des mesures décisives en matière de technologie numérique et faciliter l’accès des PME aux technologies de pointe. Par conséquent, le CESE plaide en faveur de mesures et de politiques spécifiques qui permettent aux PME d’intensifier leur travail en réseau avec des entreprises de plus grande taille, et préconise la mise en place d’incitations à la coopération dans le domaine de l’innovation entre les petites et les grandes entreprises», conclut Antonello Pezzini.