LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Rencontre avec Catherine Henrotte, coach spécialisée dans les risques psychosociaux

Il y a moyen de travailler sans s’épuiser. C’est la conviction de Catherine Henrotte, cette juriste d’entreprise est devenue en 2015 coach professionnelle spécialisée dans la prévention du burnout. Pour elle, la performance durable passe par la prévention des risques psychosociaux. Et le burnout en fait partie. Explications.

Qui sont les personnes qui viennent vous consulter: des salariés épuisés ou plutôt des patrons inquiets?

CATHERINE HENROTTE Il y a les deux. Il y a des travailleurs qui font la démarche de leur propre initiative. Je dis toujours que la personne qui fait la démarche a déjà fait le premier pas qui est le plus difficile: elle a pris conscience qu’il y a des choses qui ne fonctionnent pas comme elle le voudrait ou du moins qu’elle ne voit pas comment elle va continuer à travailler de la façon qu’elle le fait car elle sent qu’elle est en train de s’épuiser. De l’autre côté, il y a aussi les entreprises qui ont déjà pris conscience de ces difficultés, de cet épuisement professionnel, et qui investissent dans les mesures de préventions comme le coaching. C’est une situation «idéale» dans la mesure où on travaille avec des entreprises où le coaching n’est généralement pas la seule mesure de prévention: elles offrent l’accompagnement individuel de leurs travailleurs et travaillent généralement aussi au niveau organisationnel.

Au niveau de la proportion entre décideurs et salariés, quelle est-elle?

HENROTTE Plutôt 50-50 disons. Les dirigeants ont des métiers à risque par le fait d’être responsables d’équipe à côté de leur travail «technique». Ils ont aussi une responsabilité managériale. Aujourd’hui, c’est plus qu’organiser le travail des autres. C’est aussi motiver des équipes et ça demande des compétences particulières et tout le monde n’a pas cela à disposition. Et donc, ils s’épuisent à combiner leur métier «technique» et la gestion d’équipe. En plus, ils ont une fonction d’exemple et ils commencent à prendre conscience de cela: leur mode de fonctionnement est souvent répété par les collaborateurs. Si c’est un manager qui ne se met pas de limites, on constate souvent que ses collaborateurs n’osent pas se mettre de limites non plus. Et donc, par leur rôle de manager ils sont plus à risque et par leur fonction d’exemple ils ont encore une plus grande responsabilité.

Est-ce que c’est déjà trop tard quand on vient vous voir ou pas?

HENROTTE Non, parce que justement le coaching peut être une mesure de prévention efficace. Mais pas à n’importe quel moment: soit en amont quand il y a les premiers signaux où on sent qu’on ne va pas pouvoir continuer à travailler comme cela. Là, le coaching a toute son efficacité. Et après un burnout, pour préparer un retour au travail après une absence prolongée. Là, le coaching est de nouveau efficace. Le coaching peut être complémentaire pendant le burnout mais à ce moment-là, la personne a également besoin d’un autre accompagnement thérapeutique. Quand je constate que des personnes sont déjà trop avancées dans le développement du burnout, le coaching ne va pas pouvoir les aider et pourrait au contraire aggraver l’épuisement. Le travail durant un processus de coaching demande en effet au niveau d’énergie suffisant. Je les invite donc à aller consulter - si ce n’est pas déjà le cas - un médecin ou psychologue car à ce moment-là, c’est un autre type d’accompagnement qui doit être mis en place avant de pouvoir travailler en coaching.

Quels sont les conseils que vous pourriez donner pour prévenir du burnout?

HENROTTE En terme général, c’est prendre soin de soi. Cela commence par se poser la question suivante: est-ce que la manière dont je travaille est satisfaisante pour moi? Si la réponse est oui, très bien mais continuez régulièrement à vous poser cette question-là. Si la réponse est non pas vraiment, alors j’invite les personnes à prendre un recul sur leur situation et c’est là où le coaching a tout son intérêt: c’est de faciliter cette prise de recul et de commencer à questionner son hygiène de vie et son mode de fonctionnement au travail. Trop souvent j’entends qu’on parle du burnout dans des mauvais termes. Le problème est que les gens qui souffrent de ce burnout n’osent pas en parler. Le burnout reste trop souvent un tabou.

Quels sont les symptômes types du burnout?

HENROTTE On a répertorié jusqu’à 170 symptômes du burnout mais évidemment, personne n’a les 170 symptômes. Généralement on parle de cinq groupes de symptômes. Il y a les symptômes émotionnels, intellectuels, physiques, comportementaux et relationnels (voir encadré). Ce sont souvent des personnes qui attachent beaucoup d’importance à leur travail et à la qualité de leur travail. Souvent dans le burnout, la personne concernée est la dernière à se rendre compte qu’il y a eu un changement. Comme c’est évolutif et que ça prend beaucoup de temps pour se mettre en place, c’est généralement l’entourage qui va constater un changement par rapport à la suractivité par exemple. C’est la combinaison des différents symptômes sur une période de six mois et la fréquence où les symptômes se manifestent pendant cette période qui compte. Donc, diagnostiquer un burnout ce n’est pas aussi évident.

Y a-t-il des professions ou des secteurs d’activités plus exposés au burnout que d’autres?

HENROTTE Généralement, les métiers qui sont en contact avec le public, on parle des commerciaux, des fonctions de helpdesk, par exemple. Parce que comme ils sont en contact avec le public, ils ne peuvent pas exprimer véritablement comment ils se sentent. Et donc le fait de ne pas être cohérent dans l’expression de son ressenti, c’est un facteur épuisant. Et il y a aussi les métiers de soins et dans l’éducation: il y a aussi un investissement qui est fait et on ne peut pas toujours exprimer comment on le ressent.

Nous vivons dans un monde de plus en plus connecté. Est-ce que cela pèse aussi sur le burnout?

HENROTTE Oui, parce que comme il y a une hyper-connectivité, on a d’abord beaucoup plus d’informations à gérer et en continu. Il n’y a plus vraiment cette déconnexion. Avant, on pouvait le vendredi soir fermer la porte de son bureau et revenir le lundi matin. Le weekend, on avait pu faire autre chose. Ici on est constamment connecté avec son entreprise et on n’a plus vraiment le temps de recharger ses batteries. Donc c’est épuisant. Après il faut se rendre compte aussi que les nouvelles générations ont un autre mode de fonctionnement. Mais cette hyper-connectivité aussi a ses risques pour eux dans la mesure où, comme ils sont hyper-connectés, ils ont moins souvent de contact avec des gens. Ce manque de contact leur fait perdre le soutien social qui peut contrebalancer l’évolution d’un burnout.

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LE BURNOUT

Cinq types de symptômes

Le burnout est un processus évolutif. Néanmoins, il existe une série de symptômes répartis dans cinq catégories.

EMOTIONNELS
Sentiment de découragement, diminution de l’estime de soi, sentiment de ne plus être à la hauteur.

INTELLECTUELS
Difficultés avec la mémoire, la concentration, difficulté à prendre des décisions.

PHYSIQUES
Accentuation des faiblesses existantes, faible résistance, problèmes de sommeil.

COMPORTEMENTAUX
Suractivité (heures supplémentaires), abus de produits toxiques (alcool, tabac, médicaments).

RELATIONNELS
Isolement progressif, perte d’empathie, moins de temps à consacrer à ses proches.