LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Madhumalti Sharma et sa fille Avanti ont crée une «école» de code pour les enfants - une passion qui se transmet dès le plus jeune âge

La famille Sharma est originaire d’Inde, ses membres ont voyagé dans plusieurs pays avant d’arriver au Luxembourg il y a neuf ans pour le travail. Madhumalti la maman a commencé à coder à l’âge de 15 ans. Elle a transmis sa passion à ses enfants: «Mon père était un ingénieur électrique, il m’a transmis son amour des sciences et j’ai commencé à coder à une époque où ce n’était pas aussi évident qu’aujourd’hui, j’ai appris seule, mais je trouvais ça amusant. Les parents se plaignent que leurs enfants jouent trop aux jeux vidéo, qu’ils sont finalement très passifs. Mais plus ils comprennent comment ça marche, le mieux c’est. C’est comme apprendre une nouvelle langue. Je voulais transmettre cette passion à mes enfants. Nous ne devons pas être passifs face aux nouvelles technologies, il faut se les approprier, je pense que c’est très important».

Il y a six ans, Madhumalti Sharma a lancé un appel sur Facebook: tous les intéressés pouvaient venir chez elle pendant les week-ends, pour apprendre à coder de manière ludique: «On voulait commencer avec une seule session de 5 à 7 élèves, mais la demande était telle qu’on a vite multiplié les sessions. C’est tellement enrichissant de voir des enfants s’asseoir ensemble et s’enthousiasmer sur ce qui les passionne». Il ne s’agit pas d’une école où tout le monde s’assied et écoute un professeur, mais les enfants échangent, jouent et participent ensemble pour avancer et apprendre. Le «virus» du code a pris certains enfants, qui refusent des vacances au ski avec leurs parents de peur de rater une session!

Aujourd’hui, apprendre à coder est comme un jeu, c’est en tout cas comme ça que le vit Avanti, 12 ans, la fille de Madhumalti: «J’étais très jeune quand ils ont commencé leurs ateliers. J’adore dessiner et créer des choses. Donc quand j’ai vu les autres enfants créer des choses, je me suis dit que moi aussi je voulais le faire. J’ai demandé à ma mère, car je voulais m’y mettre. Puis j’ai arrêté car j’étais la seule à le faire autour de moi. Je crois que c’est un peu le problème des filles, on essaie tellement d’être parfaites et se fondre dans la masse, qu’on ne veut surtout pas être différentes des autres. Mais mon frère m’a encouragé à m’y remettre, et tant mieux!».

Historiquement, ce sont les femmes qui étaient les pionnières en matière de programmation. Une information qui s’est perdue dans les méandres de l’histoire. Aujourd’hui on associe plus facilement la programmation à des «geeks», de jeunes hommes qui n’ont pas beaucoup d’interactions sociales. Madhumalti Sharma a pris conscience de ces différences: «Les femmes étaient à l’avant-garde, mais j’en ai pris conscience tardivement. Je pense qu’il est très important d’avoir des filles qui se tournent vers les nouvelles technologies, je veux les encourager à s’exprimer, être visibles. Les femmes ont tendance à se taire, même si elles ont des idées géniales, du coup elles sont laissées de côté».

40 enfants en liste d’attente

Aux ateliers des Sharma, les petits élèves se bousculent les week-ends. Quelque 40 enfants sont actuellement sur liste d’attente. «Les enfants ont entre 7 et 14 ans, c’est eux qui décident du rythme des sessions. Nous privilégions le travail d’équipe et l’esprit de compétition, car il est important de canaliser leur énergie», explique la maman. Le côté ludique attire les enfants, le duo recommande d’initier les enfants à l’âge de 4 ou 5 ans, avec des outils comme «Scratch», gratuit, qui a été élaboré par «MIT App inventor». Il s’agit d’emboiter des pièces à l’écran, comme des Lego, mais les résultats sont surprenants. Avanti a déjà développé deux applications, avec l’aide de quatre autres enfants des sessions: en 2018 il s’agit d’une application qui regroupe sur une carte tous les centres de recyclage du Luxembourg. Mais en 2017, Avanti avait également développé une application de géolocalisation et d’alerte pour se sentir en sécurité, le tout dans la thématique des objectifs du millénaire fixés par l’ONU: «Je veux marquer un petit changement dans la société, à l’avenir j’aimerais qu’il y ait un meilleur accès à l’eau potable et la nourriture en Inde par exemple».

La jeune adolescente aime les challenge et la compétition. Au début du mois, elle a animé un atelier pour 70 employés de KPMG et les a initié au HTML et au CSS: «J’ai dû moi-même apprendre le HTML pour cet atelier, mais c’était très intéressant car les adultes sont plus structurés et plus stricts». Le 7 novembre dernier, c’est lors d’une conférence à Lisbonne qu’Avanti a partagé ses aventures de jeune codeuse. Et le 24 novembre, c’est à Utopolis que la famille a organisé avec «Digital Lëtzebuerg» le «CodeUtainment» pour des 8-13 ans. Les Sharma ne chôment pas, mais pour Madhumalti , c’est une nécessité: «Il y a un manque de visibilité des femmes dans le monde de la tech, nous avons besoins de filles pour devenir des modèles de référence. Car si on ne les voit pas, les autres filles n’auront pas envie de se lancer à leur tour».

 

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