LUXEMBOURG
CLAUDE KARGER

Claude Wirion, président du Comité Directeur du Commissariat aux Assurances, revient sur l’évolution du marché de l’assurance-vie

Selon le rapport SIGMA de l’assureur Swiss Re, l’assurance-vie luxembourgeoise occupait en 2014 le huitième rang européen et le 19ème mondial en termes de primes qui ont totalisé l’an dernier un chiffre record de quelque 23,8 milliards d’euros (primes brutes). Ce business vit essentiellement des contrats souscrits à l’étranger. En effet, alors qu’en vertu de la législation européenne permettant à tout consommateur au sein de l’Union Européenne de choisir librement son produit d’assurance dans n’importe quel pays de l’UE, de nombreux assureurs ont choisi le Grand-Duché comme tête de pont pour développer cette activité à partir de la place financière internationale. Mais depuis quelques années, des assureurs luxembourgeois visent aussi des marchés en dehors de l’UE. Un survol de la situation actuelle avec Claude Wirion, président du Comité Directeur du Commissariat aux Assurances, l’autorité de surveillance des assureurs luxembourgeois.

Monsieur Wirion, dans son rapport sur le secteur couvrant le premier semestre 2015, le Commissariat aux Assurances constate un recul de l’encaissement en assurance-vie de près de 13% par rapport à la même période de 2014. Cette tendance devrait-elle se poursuivre?

Claude Wirion Les chiffres nous manquent encore, mais je crains bien que oui. Le facteur principal qui explique cette évolution est la faiblesse du taux directeur de la Banque centrale européenne. Durant une certaine période, les assureurs ont pu offrir des produits avec des rendements garantis supérieurs à ceux des produits bancaires en raison de l’existence de stocks d’actifs importants bénéficiant d’une meilleure rémunération. Avec la venue à échéance progressive de ces actifs, ils sont cependant eux aussi forcés de s’adapter aux taux faibles et d’introduire des composantes flexibles dans les produits. Ce qui les rend moins intéressants pour certains clients. Les chiffres du premier semestre reflètent cette évolution: nous avons noté une décroissance de 40,97% de l’encaissement relatif aux produits à rendements garantis, mais une progression de 17,40% de celui des produits vie en unités de compte.

D’autres marchés en revanche se développent. Quels sont-ils?

Wirion Malgré un net recul, la France devrait rester le marché le plus important pour les assureurs-vie luxembourgeois. Les marchés allemand et italien se développent bien. Mais l’activité se développe aussi dans d’autres régions du globe, notamment en Afrique francophone et en Amérique du Sud. Les clients sont le plus souvent des personnes qui ont un lien avec l’Europe.

Et au Luxembourg?

Wirion Le taux d’intérêt directeur bas ne devrait pas trop influencer la collecte dans la mesure où la déductibilité fiscale des contrats-vie continue de les rendre intéressants. Un autre facteur faisant progresser les primes au Luxembourg sont les prêts hypothécaires. Si l’activité de construction se maintient à un niveau élevé au Grand-Duché, le nombre d’assurances solde restant dû se maintiendra aussi. Il faut toutefois rester prudent avec les chiffres concernant le marché luxembourgeois, car une partie des contrats est souscrite par des structures sises au Luxembourg telles que des SOPARFI alors qu’ils concernent des personnes qui ne sont pas forcément résidentes.

La fiscalité des produits vie est-elle aussi un argument pour la vente de contrats luxembourgeois au niveau international?

Wirion Oui et d’ailleurs de nombreux pays disposent de régimes fiscaux avantageux pour les assurances-vie. Les temps où elles étaient des valeurs-refuge pour des clients qui entendaient y placer de l’argent afin d’échapper au fisc de leur pays d’origine sont définitivement révolus. La transparence règne. Mais l’instrument reste fiscalement très intéressant, notamment aussi en matière de planification successorale. Ainsi, si un assuré non-

résident décède, il n’y a pas de droits de succession sur les contrats-vie à régler au Grand-Duché. •