LUXEMBOURG
MIKE FELTEN

La pandémie du Coronavirus fait des ravages dans le monde entier et aucun pays n’est épargné. Afin de sauvegarder un maximum de vies humaines, de nombreux gouvernements ont courageusement décidé des mesures drastiques de confinement, sacrifiant ainsi les économies de leurs pays respectifs. Cette crise sanitaire, d’une ampleur jamais vue, met en cause les fondements de notre système économique actuel.

Lëtzebuerger Journal

En février 2020, les places financières mondiales montraient encore des progressions soutenues. Après une année 2019 exceptionnelle, un événement inattendu est venu perturber ce beau tableau, déclenchant la pire crise financière depuis 2008. Dans le passé, lors de telles tempêtes boursières, les investissements thématiques à caractère durable étaient les premiers à être vendus. Les investisseurs favorisaient des valeurs établies: grandes capitalisations, valeurs défensives, etc. Si les analystes financiers prévoient une récession déclenchée par le Coronavirus, les Etats pourraient privilégier d’abord des mesures sociales et de relance à court terme au lieu de financer des projets de plus long terme concernant l’environnement et le climat. En plus, la récente chute vertigineuse des cours de pétrole pourrait laisser croire que les énergies renouvelables sont devenues moins compétitives par rapport aux énergies fossiles.

Est-ce que l’investissement durable, si populaire en 2019, a perdu de son attrait? Ne s’agirait-il, en fin de compte, que d’un phénomène éphémère? La réponse à ces questions ne s’avère pas moins complexe.

Toute crise est une opportunité

En considérant le secteur de l’énergie, les sociétés liées à la transition climatique ont moins corrigé que celles actives dans les énergies fossiles. Le graphique suivant met en évidence ce décalage en comparant le prix du baril de pétrole (WTI) et l’indice S&P Global Clean Energy (en base 100, source Thomson Reuters).

Lors de la crise de 2008, ce rapport était inversé, les énergies renouvelables ayant perdu considérablement par rapport aux autres sociétés «traditionnelles». La NASA et l’ESA ont montré que les émissions de CO2 et d’autres gaz nocifs ont nettement baissé avec les mesures de confinement. Par contre, cette baisse ne sera que temporaire et le climat nécessite toujours des mesures fortes. En Europe, même si les pays seront affaiblis par la crise sanitaire, la volonté de changer reste inéluctable et l’urgence reste d’actualité.

Comme dit un proverbe chinois : toute crise est une opportunité. Avec l’actuelle pandémie, le paradigme de croissance à tout prix a montré ses limites. Cette crise impose à la plupart des sociétés internationales de repenser leurs processus de chaîne d’approvisionnement, de production et de distribution. Les modèles actuels de délocalisation sont au final très vulnérables. Les nouvelles données issues de facteurs ESG peuvent aider les entreprises et les investisseurs dans le futur à mieux cerner et comprendre ces risques pour ensuite les mitiger.

Le sujet de l’investissement durable a mûri, il est devenu «mainstream», comme le montrent certains indices ESG et portefeuilles durables dont les performances sont soit en ligne voire dépassent celles des univers traditionnels.

Il est tout à fait possible aujourd’hui de construire des portefeuilles à la fois efficients au niveau des rendements et du risque, incorporant en plus la composante de durabilité.

Cette quarantaine met davantage en lumière que la transition sociétale durable est nécessaire et urgente.

Lëtzebuerger Journal