LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Le secteur pétrolier ne dépend plus du bon vouloir de l’OPEP

Romain Hoffmann, président du Groupement Pétrolier Luxembourgeois (GPL), revient sur la situation du secteur pétrolier au Luxembourg et se réjouit des nouveaux acteurs dans la production mondiale, ce qui réduit l’influence de l’OPEP, qui a fait la pluie et le beau temps pendant 60 ans sur le secteur.

La vente de carburants accuse toujours un recul de 15 à 25%, estime Romain Hoffmann Photo: Editpress - Lëtzebuerger Journal
La vente de carburants accuse toujours un recul de 15 à 25%, estime Romain Hoffmann Photo: Editpress

Le secteur a pétrolier a particulièrement souffert du confinement, qu’en est-il aujourd’hui?

ROMAIN HOFFMANN Au pire de la situation, cela a été très difficile car les stations-services se devaient d’être ouverts en tant que commerces essentiels. Le personnel, dont beaucoup de frontaliers, était très anxieux car il n’y avait pas de protection de la part des clients, qui étaient très peu nombreux par ailleurs. Nous avons dû adapter les horaires d’ouverture, d’autant que bon nombre de nos employés étant parents, c’est toute l’organisation qui a dû être repensée.

Mais nous avons bien travaillé, car nous avons eu très peu de cas positifs détectés. Pour ce qui est de la consommation, nous avons enregistré jusqu’à -90% dans les stations le long des frontières, de –50 à -80% à l’intérieur du pays, -70% pour les stations d’autoroute. La restauration a été réduite à zéro, et la fréquentation des shops a autant réduit que l’essence. Aujourd’hui nous observons une reprise, mais nous ne sommes pas encore revenus au niveau d’avant Covid-19. Nous sommes toujours entre -15 et -25% sur la vente de carburants, les shops frontaliers sont eux à -5%. J’espère que des stations ne vont pas fermer, cela devrait être faisable pour les acteurs du secteur.

Quid des stocks et des prix des carburants à venir?

HOFFMANN Au niveau européen, il y a une adaptation rapide de la production, avec un net redressement de la tendance quand les frontières ont réouvert.

Pour ce qui est des prix, c’est très difficile à prévoir, d’autant que les prix du carburant sont basés sur la réévaluation de l’Euro sur le dollar. Le prix du baril s’est effondré durant le confinement, nous sommes passés de 65 euros le baril à 20 dollars.

Après 60 ans de règne sans partage, quelle est aujourd’hui la position de l’OPEP?

HOFFMANN L’OPEP a dominé le marché mondial pendant des décennies, mais aujourd’hui sa dominance recule avec de nouveaux pays producteurs comme la Norvège et les Etats-Unis. Ces derniers ont changé récemment leurs lois qui les empêchait jusque-là d’exporter leur production de pétrole dans le monde. La méthode du fracking (fracturation hydrolique) a changé la donne. Les Etats-Unis produisent aujourd’hui 10 millions de barils par jour et représentent 10% de la production mondiale, avec des prix de production assez bon marché. Comparé aux productions classiques qui ne peuvent pas arrêter et redémarrer instantanément en fonction de la demande, le fracking s’adapte au marché.