LUXEMBOURG
CLAUDE KARGER

Entretien avec le président du CLAE sur le Festival des Migrations, des Cultures et de la Citoyenneté, le modèle d’intégration luxembourgeois et les améliorations nécessaires

Sosthène Lembella est le président du Comité de Liaison des Associations d’Etrangers, la plate-forme qui milite depuis 1985 pour une citoyenneté de résidence, pour la reconnaissance et la valorisation des cultures issues de l’immigration ainsi que pour une politique d’immigration ouverte et solidaire au Luxembourg et en Europe. L’ingénieur originaire de la République du Congo s’engage depuis de longues années pour le mieux-vivre-ensemble dans ce pays cosmopolite qu’est le Luxembourg. Entretien.

Monsieur Lembella, quelle est pour vous l’importance du Festival des Migrations, des Cultures et de la Citoyenneté?

Sosthène Lembella C’est un peu le Grand-Duché en miniature, où se rencontrent les différentes communautés avec leurs différentes cultures et traditions. C’est un moment important dans l’année qui permet de mieux se connaître les uns les autres pour mieux faire société ensemble. Mais c’est aussi un moment qui permet de poser des questions notamment aux représentants des partis politiques lors de conférences ou tables rondes sur comment encore mieux vivre ensemble.

Que pensez-vous du modèle d’intégration luxembourgeois?

Lembella Il marche en général très bien dans ce pays réellement cosmopolite, où les quelque 170 nationalités se côtoient sans tensions et qui ne connaît pas de racisme exacerbée dont la montée dans certains pays m’inquiète d’ailleurs profondément. Le modèle luxembourgeois est une réussite absolue, mais une analyse plus fine montre qu’il y a encore beaucoup à faire pour l’améliorer.

Quels sont donc les déficits à vos yeux?

Lembella Je regrette que la fonction publique reste très majoritairement réservée aux Luxembourgeois, alors que le secteur privé emploie 75% d’étrangers. C’est une grande différence qui peut mener à des divisions. Je regrette aussi que l’accès aux études secondaires classiques reste difficile pour les enfants de familles non-luxembourgeoises. Là aussi, un déséquilibre sociétal peut s’installer. Le sujet de la représentation démocratique de la population à la Chambre des Députés me tient également à cœur. Comment peut-on justifier à terme le fait que le Parlement représente moins de la moitié de la population ? Il reste beaucoup à faire et je pense que les partis politiques et la société civile sont prêts à en discuter pour avancer ensemble. Le Festival des Migrations, des Cultures et de la Citoyenneté est une bonne occasion pour le faire.