LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

iSpace s’associe avec le LIST pour développer sa future exploitation lunaire de l’eau

Cap sur la Lune! Les ambitions du Luxembourg en matière d’exploitation des ressources spatiales prennent forme avec iSpace qui a présenté hier son partenariat avec le LIST pour développer le «Roving spectometer program». L’enjeu est énorme puisque le Luxembourg veut se positionner en leader de l’exploitation des ressources lunaires, et en particulier de l’eau qui serait présente en grande quantité dans les sous-sols du satellite naturel. Et qui dit eau, dit potentiel de vendre le précieux liquide pour séparer l’hydrogène et l’oxygène et permettre aux navettes de se ravitailler dans leur périple vers Mars par exemple.

Dès 2020, une première navette estampillée iSpace s’élancera pour la Lune, avec un alunissage prévu pour 2021. A son bord le petit robot d’iSpace roulera sur la surface du satellite: «Notre but est d’être la première entreprise privée à y arriver», explique Kyle Acierno, directeur d’iSpace Europe. Le spectomètre ne sera pas installé pour cette fois sur le robot, il fera l’objet d’une autre mission, celle de forer la Lune et d’y trouver de l’eau, en quantité et en qualité suffisante pour pouvoir ensuite la vendre. Cette deuxième phase est prévue pour la décennie de 2020, mais encore aucune date spécifique n’est avancée.

Hier, iSpace a recré un environnement lunaire dans un hangar des locaux de l’incubateur de Paul Wurth, là où les bureaux d’iSpace sont hébergés: sable, graviers et cailloux gris dans un bac géant pour démontrer les capacités de leur petit robot. D’environ 10kg, il avance lentement mais sûrement. Il ira un peu plus vite sur la Lune nous assure-t-on, mais il n’est de toute façon pas question de course de vitesse, il ne faudrait pas qu’il tombe et se retourne une fois là-haut.

Une mission de quatorze jours

L’ingénieur qui le dirige explique que la technologie est la même que pour les voitures autonomes: le robot va se localiser lui-même, mais avec des paramètres bien différents, puisqu’il n’y a bien sûr pas d’obstacles humains à proximité. La batterie et les panneaux solaires lui permettent d’évoluer en «journée» pour une mission de quatorze jours. A l’ombre, le robot n’a qu’une autonomie d’une heure ou deux.

Pour ce qui est du spectromètre, iSpace s’est donc associé au LIST qui l’a développé, le but étant de l’intégrer plus tard au robot: «C’est une opération très complexe que de forer un sol et en prélever des échantillons. Une équipe de quinze personnes est dédiée à ce projet au LIST», explique le Dr Fernand Reinig, CEO de l’institut public. Une demi-douzaine de chercheurs sont financés par une aide de 500.000 euros du FNR.

De multiples applications

C’est une opportunité pour le LIST de développer cette technologie, qui aura de multiples applications. Si l’institut va en garder la propriété intellectuelle, le spectomètre ne sera utilisé dans le domaine spatial que par iSpace à travers une licence exclusive.

Le petit robot luxembourgeois n’est pas le seul sur ce créneau et une concurrence très agressive pourrait bien lui faire du tort. Mais Kyle Acierno se dit confiant: «Les Chinois sont bien présents avec des projets pour la Lune également. Mais le Luxembourg est désormais reconnu à travers le monde pour le secteur des ressources spatiales».

D’ailleurs, la législation luxembourgeoise protègera iSpace pour toutes les ressources que pourra exploiter l’entreprise en forant la Lune. «La convention spatiale stipule que l’on ne peut pas clamer la propriété du sol, mais par contre les ressources extraites du sol sont protégées au niveau de la législation luxembourgeoise et d’autres pays s’y mettent», a précisé le directeur.