LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Passionnée, Julie Schroeder est devenue apicultrice et produit un miel luxembourgeois

Nous nous sommes donnés rendez-vous quelque part à Cents, mais impossible de donner plus de détails. Julie Schroeder veille sur ses ruches comme la prunelle de ses yeux. Le nectar des abeilles attire les curieux... Et les voleurs. L’apicultrice s’est lancée dans l’aventure il y a quatre ans, en suivant une formation dans un rucher-école des Vosges, tous les weekends pendant une saison. Son mari, piqué de la même passion que sa femme, a suivi quelques cours à Frisange (en Allemand cette fois) pour connaître les subtilités de la législation luxembourgeoise. 

Mais sa passion pour le miel remonte à loin: «C’est ma madeleine de Proust, cela me rappelle les visites sur les marchés le dimanche en famille quand j’étais enfant, je voulais toujours en goûter, j’adorais ça! Puis nous avons déménagé en Normandie, en ville, et le miel de supermarché m’a dégoûté, je n’en mangeais plus», raconte l’apicultrice qui sait reconnaître le vrai miel du faux. «Quand il est indiqué origine UE et non UE c’est que cela vient de Chine ou d’Asie. Là-bas ils utilisent un sirop de sucre qui imite très bien le miel mais qui n’a pas ses caractéristiques. Le vrai miel est assez cher, c’est un produit qui n’est pas assez valorisé», ajoute-t-elle. Julie Schroeder en profite pour distiller ses conseils, le miel de tilleul (ou miel d’été) viendra à bout d’un mal de gorge, tandis que le miel de montagne servira à renforcer le système immunitaire: «L’idéal c’est de prendre une cuillère à café de miel le matin à jeun. Et attention à en mettre dans un thé bien chaud, ses propriétés sont annulées après 40°».

Se reconnecter avec la nature  

Elle reprend le lien avec ses premiers amours il y a quelques années, quand sa petite famille passe tous les weekends dans un chalet acheté dans les Vosges, une volonté de se reconnecter avec la nature: «J’y ai rencontré des apiculteurs et je me suis replongée dans mes premiers amours. J’avais beaucoup de questions et j’ai commencé à me demander comment je pourrais aider les abeilles». Quand elle commence la formation, Julie Schroeder s’occupe à temps plein de ses trois filles.

L’apiculture est pour elle une bonne option: «J’ai cette passion pour le miel, mais je voulais garder une activité très flexible, qui me permette d’être toujours auprès de mes filles, tout en étant plus proche de la nature», raconte-t-elle.  

Au début, elle se lance en partant de zéro, il faut tout acheter. Julie Schroeder commence avec deux ruches dans les Vosges, ce qui avec tout l’équipement représente un investissement de 1.000 euros environ: cadres à miel, extracteur de miel, cuves en inox pour la maturation, veiller sur les abeilles et récolter du miel n’est pas de tout repos. L’apicultrice se prend au jeu et développe son parc de ruches, 9 dans les Vosges, 8 à Frisange sur le terrain de voisins et 3 à Cents: «Cela représente 5.000 euros en tout, un gros investissement quand on pense que les premières années on ne dégage pas de bénéfices, on rentre seulement dans ses frais. Mais ce n’est pas en étant apiculteur qu’on fait fortune, c’est certain».

Cette année, les abeilles de Julie Schroeder ont bien travaillé, «2020 est exceptionnel, nous avons pu récolter 500 kilos de miel!», un rendement qui a poussé l’apicultrice à aller au-delà de son cercle privé pour pouvoir vendre son nectar. Elle fonde sa marque, Brin d’abeille, et embauche un apiculteur qui est aussi designer pour créer un logo, élaborer des étiquettes qui mettent en valeur les fleurs et l’origine de son miel. En quelques publications sur les réseaux sociaux, le bouche-à-oreille a fait son petit effet: «Rien qu’avec ça, j’ai eu beaucoup de demandes, et certains clients qui reviennent car ils aiment mon miel, ce qui fait plaisir». Le miel liquide luxembourgeois a son petit succès, car il est difficile à trouver. Elle livre à partir de 35 euros d’achat et s’organise autrement avec les clients pour les achats. Avec des pots de 250g entre 5 et 6,5 euros, de 500g de 8 à 11 euros, l’apicultrice estime être restée dans les prix du marché. Le restaurant Atelier Windsor l’a contacté pour mettre son miel en exposition dans l’établissement et le chef élabore des recettes à partir de son miel pour la prochaine carte: «C’est eux qui m’ont contacté, c’est un peu fou, j’ai hâte de voir les recettes que le chef va imaginer», raconte-t-elle.  

Forte de son succès, l’apicultrice reste modeste et ne compte pas en faire une activité commerciale à part entière: «Pour espérer en vivre, il faut au moins posséder 200 ruches. Je veux me développer, mais pas à ce point car je veux garder un contact proche avec mes ruches et aussi me laisser du temps pour ma famille», explique-t-elle.

www.brindabeille.com