CATHERINE KURZAWA

Demain après-midi, les piétons et les cyclistes vont prendre possession du dernier tronçon de l’autoroute du Nord pour une grande fête avant que les voitures et camions n’y déambulent, le 23 septembre. Quel beau message envoyé, qui plus est à la veille du lancement de la Semaine européenne de la mobilité: On ouvre une autoroute, mais on y organise au préalable des activités de mobilité douce. Si certains décideurs rêvent que la marche à pied et le vélo fassent partie de notre quotidien, force est de constater que ce n’est pas tous les jours dimanche. Dans notre culture, le vélo et la marche demeurent des moyens de locomotion liés aux loisirs et cela, pour bien des raisons: le temps qu’ils nécessitent, la météo, les distances à parcourir sans oublier les contraintes vestimentaires. Voilà pourquoi il semble illusoire de les promouvoir à tout prix. Oui, venir travailler à vélo est faisable quand on habite à Belair et que l’on travaille au Kirchberg. Mais non, tout le monde ne peut pas se permettre de vivre dans notre capitale et d’y travailler. C’est un fait, Luxembourg-Ville est congestionnée et des projets tels que le tram ou la nouvelle gare du Pont Rouge contribueront certainement à atténuer la situation. Mais il ne faut pas oublier que Luxembourg n’est pas une capitale comme les autres: elle n’est pas entourée de banlieues dortoirs comme Bruxelles ou Paris mais de villages. Cette dimension rurale ne doit pas être négligée car elle implique, de surcroît, un recours à la voiture. Voilà pourquoi l’accent doit être mis sur des solutions de P+R plutôt de que de criminaliser les automobilistes. Derrière leur volant, certains ont l’impression qu’on veut les punir en décidant de creuser des trous dans la chaussée et de mettre des mois à les reboucher. Je ne vous parle même pas des feux rouges qui manquent cruellement de coordination.

Alors, vous me direz, il y a les bus. Oui, le Luxembourg bénéficie d’un vaste réseau intérieur et transfrontalier. En comparaison avec les pays voisins, on ne s’en sort pas trop mal. Mais force est de constater que tout le monde ne peut y recourir. D’une part, bon nombre de salariés sont appelés à réaliser des déplacements dans le cadre de leur journée de travail, ce qui implique une certaine flexibilité et par conséquent, une voiture. D’autre part, de plus en plus d’entreprises fuient le centre-ville pour s’installer dans des zones d’activités périphériques. Et là, la voiture n’est plus optionnelle mais bien souvent obligatoire si on veut accéder à son lieu de travail. C’est un peu le serpent qui se mord la queue: en voulant fuir les bouchons, on se retrouve obligé d’utiliser sa voiture, quitte à aller créer des encombrements ailleurs. Qui plus est, la voiture revêt toujours un attrait et un symbole particulier. C’est le signe de la liberté et de la flexibilité. Dans certains secteurs, la voiture est partie intégrante du package salarial et on ne pourrait se l’imaginer autrement. Voilà pourquoi nous vivons dans une société hypocrite. D’un côté, on nous vante la mobilité douce et ses atouts via des évènements comme cette Semaine européenne de la mobilité. Mais de l’autre, le fait d’avoir son permis de conduire et de posséder une voiture reste le ticket d’entrée pour décrocher un emploi et donc, avancer dans la vie.