THIONVILLE
JEAN-PIERRE COUR

Délestage de l’A31: Thionville inaugure un espace télétravail

C’est un pari du maire de Thionville, Pierre Cuny, de s’attaquer, via le télétravail, au surencombrement de l’A31 en direction du Luxembourg. C’est la raison pour laquelle il a misé sur la construction d’un S-Hub pour un montant de 4,7 millions d’euros. Inauguré mercredi, ce site à Yutz peut accueillir dans un premier temps une petite centaine de navetteurs qui pourront s’arrêter ici deux ou trois heures, prester du télétravail pour leur entreprise au Luxembourg et reprendre la route vers le Grand-Duché aux heures où l’autoroute n’est plus surencombrée.

Frilosité réglementaire

A noter cependant que les autorités françaises, et particulièrement le fisc français tout autant que les autorités luxembourgeoises, demeurent très timides vis-à-vis de cette démarche. L’administration française considère en effet que le développement du télétravail serait une façon de priver le fisc français de sommes considérables de l’impôt sur les sociétés. Frilosité se manifestant notamment par l’absence de représentants des gouvernements des deux pays. Pierre Cuny demeure toutefois confiant en se référant aux déclarations de Pierre Gramegna, ministre des finances au Luxembourg, ou de François Bausch, ministre de la mobilité au Grand-Duché, qui assurent d’une même voix au maire de Thionville que le télétravail fait partie des facteurs de soulager les bouchons des deux côtés de la frontière.

Passer de 29 à 46 jours

Mais ce mode de travail pose certains problèmes. Ainsi, il est limité dans le temps pour les salariés. L’application de la convention fiscale entre la France et le Luxembourg conclue entre la France et le Grand-Duché en mars 2018 prévoit un «seuil de tolérance» de 29 jours par an permettant de maintenir une imposition 100% au Luxembourg. Soit à peu près un jour par semaine. Passé ce seuil, le salarié sera imposé au prorata de ses prestations de travail dans chacun des pays voisins, ce qui peut coûter cher. «Je souhaite que l’on passe de 29 jours à 46 jours! », demande le maire de Thionville. Un vœu qui semble encore loin d’être exaucé. Par ailleurs, les grandes entreprises luxembourgeoises n’ont pas répondues jusqu’ici à l’appel S-Hub. «Nous misons plus sur les PME/PMI qui ont plus de souplesse pour s’engager dans cette démarche», assure Pierre Cuny. Pour ce dernier, ce S-Hub sécurise pourtant les employeurs puisque ce télétravail se déroule dans des locaux aux normes et a des horaires contrôlés par les entreprises impliquées. «On est à une tournant mais les législations ne suivent pas», explique encore le maire de Thionville qui se donne trois ans pour expérimenter cette démarche. Il poursuit: «La mobilité n’est pas que physique et le Luxembourg va voir une hausse de 60.000 navetteurs d’ici à dix ans. Il faut au moins une réponse partielle. Si l’on n’avance pas, il est inutile par ailleurs de parler constamment d’environnement».