LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Prévisions 2019 de la BGL: ralentissement oui, récession non

Yves Nosbuch donnait mardi ses prédictions pour 2019 : pas de panique, le ralentissement de l’économie ne veut pas pour autant dire récession a assuré le chef économiste de BGL BNP Paribas. Avec une fin d’année 2018 difficile sur les marchés, les économistes se veulent pourtant rassurants quant à l’année 2019 : «Il y a beaucoup plus de corrections boursières que de récessions. La croissance est en recul mais elle reste positive», estime t-il.

Le mot est pourtant prononcé, « récession », c’est la peur d’une nouvelle crise économique, plus de dix ans après la grave crise de 2008. S’il n’est donc pas question de récession pour l’économiste en chef de la BGL, ce dernier fait état d’un ralentissement généralisé, mais qui s’explique : «Nous partions de niveaux très élevés en début 2018, mais même avec un repli, les indicateurs restent positifs».

Ces indicateurs de confiance, qui sont notamment des enquêtes auprès des directeurs d’achat des entreprises, sont en net recul depuis plusieurs mois en zone euro, mais ils restent au-dessus du seuil fatidique des « 50 », soit un seuil neutre. Si les indicateurs restent au vert, cela veut dire que les entreprises sont toujours en confiance dans l’économie. La situation est similaire aux Etats-Unis, avec un recul à la fin de l’année 2018, mais avec des niveaux qui restent plus élevés qu’en Europe.

Taux de chômage historiquement bas aux Etats-Unis

A côté des indicateurs, Yves Nosbuch regarde attentivement l’inflation et les taux. Du côté de l’inflation, cette dernière est très changeante car elle est tributaire du cours du pétrole, extrêmement volatile. L’économiste préconise alors de s’attarder sur l’inflation sous-jacente, qui met de côté l’alimentaire et le pétrole, pour donner une idée plus précise de la tendance réelle de l’inflation. En zone euro, elle est aux environs de 1%, trop bas par rapport aux objectifs de 2% de la BCE.

Mais tout n’est pas perdu estime t-il : «Le marché de l’emploi repart, avec un taux de chômage en moyenne européenne autour des 8%, on revient à des niveaux d’avant-crise. Avec 2% de croissance des salaires, en particulier en Allemagne, cela va avoir un effet sur l’inflation sous-jacente». Aux Etats-Unis, le taux de chômage est historiquement bas, la croissance salariale, qui dépasse désormais les 3% en glissement annuel, aura un effet incontestable sur l’inflation.

Du côté des banques centrales, la BCE avait multiplié les achats d’actifs depuis 2015, à hauteur de 2.300 milliards d’euros au total. Mais tout cela s’est arrêté en janvier de cette année : «La BCE va renouveler les obligations venues à échéance, mais c’est tout», explique Yves Nosbuch. Ce dernier estime que du côté de la FED, les taux directeurs vont remonter, très progressivement, d’ici à la fin de l’été ou à l’automne.

Pour l’instant, la FED avait jusque-là maintenu des taux bas historiques : «Les banques centrales sont confiantes et retirent progressivement leur soutien à l’économie, tout en restant très prudentes. Les Etats-Unis ont été boostés en 2018 par les baisses d’impôts, mais cela va s’estomper en 2019», indique le chef économiste.

La bonne nouvelle, c’est que la baisse des prix du pétrole en 2018 n’est pas due à la demande, mais à l’offre : «En parallèle, nous n’avons pas observé de baisse des prix du cuivre ou de minerai de fer au même moment, c’est donc un signe qu’il ne s’agit pas d’une baisse de la demande», précise t-il. La baisse du cours du pétrole est donc une conséquence de la politique de l’OPEP et des pays producteurs, cela n’est donc pas lié à la santé économique du monde. Mais attention, le taux de chômage est habituellement corrélé à une période récession, pour l’instant pas d’inquiétude mais c’est un facteur à surveiller de près.

Un ralentissement bien réel

Si la BGL a réalisé des scénarios plutôt « neutres », voire « optimistes », il ne faudrait pas oublier le contexte politique. La croissance du Royaume-Uni est prévu positive en 2019, mais c’est sans compter une déroute du Brexit. Pour l’économiste, différents scénarios ont été étudiés, mais le « plus probable n’est pas le plus négatif. Rien que la résolution de l’incertitude ferait du bien à la croissance».

Quant à la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis, redoutée par nombre d’investisseurs, là encore plusieurs scénarios sont envisagés, mais même pour le scénario négatif, «les effets sur la croissance sont limités, c’est la Chine qui serait la plus touchée. Il s’agit de 300 à 400 milliards de dollars de flux commerciaux, ce qui n’est pas énorme comparé au PIB américain, soit 20.000 milliards de dollars. Le risque serait plutôt alors une perte de confiance», assure l’économiste en chef.

Les risques sont donc minimes, le ralentissement bien réel, mais pas de récession en vue martèle Yves Nosbuch. Pour autant, ce dernier rappelle que les cycles économiques sont tels que les récessions sont inhérentes à la vie économique. Il ne s’agit donc pas de savoir si il y aura une prochaine récession, mais plutôt quand. L’année 2019 parait épargnée sur ce plan, rien n’est moins sûr pour les années à venir