LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Trop de nationalités différentes en entreprise nuit à la satisfaction des employés

Et si la diversité n’était pas aussi idéale qu’il n’y paraît? La Dr Laetitia Hauret, chercheuse au «Luxembourg Institute of Socio-Economic Research», s’est penchée avec son confrère américain Donald R. Williams sur les liens entre satisfaction au travail et nationalité en entreprise. Les résultats de l’étude vont à l’encontre de la tendance à prôner la diversité sur le lieu de travail. La question n’est pas anodine car différents facteurs amènent à plus de diversité dans les entreprises. Si les femmes sont plus nombreuses que par le passé, les seniors aussi, les nationalités se mélangent plus qu’avant. Par exemple, si dans l’UE des 15, 8,2% des salariés avaient une nationalité différente de celle du pays dans lequel ils vivaient en 2007, cette proportion est passée à 10,4% en 2016. Les travailleurs se déplacent, les talents se recherchent à travers les frontières, les entreprises n’ont plus le choix que d’avoir des équipes à plusieurs nationalités.

Avec le Luxembourg comme base de données, un véritable laboratoire où 73% de la main d’oeuvre n’est pas luxembourgeoise (44% de frontaliers et 29% de résidents étrangers), la chercheuse a travaillé à partir d’une étude de satisfaction des conditions de travail de 2013: «Nous avons pu établir que la satisfaction de travail baisse à mesure que les équipes sont diversifiées en matière de nationalité. C’est somme toute logique car on a tendance à vouloir travailler avec quelqu’un qui nous ressemble, même si la diversité permet un partage de valeurs», estime la Dr Hauret.

«Aller vers ce qui nous ressemble»

Evidemment, d’autres facteurs jouent pour le Luxembourg comme les conditions de travail ou les hauts salaires qui permettent de «compenser» cette baisse relative de satisfaction: «C’est un plus pour le Luxembourg qui permet d’atténuer le fait que les équipes sont très diversifiées dans le pays. Problèmes de culture, de langue, l’on a tendance à valoriser et à aller vers ce qui nous ressemble», explique la chercheuse.

Pourtant, les bienfaits pour les entreprises de la diversité sont indéniables: «La diversité permet un partage de valeurs, multiplie les points de vue et exacerbe la créativité, des études l’ont prouvé. Il ne faut donc pas voir ce résultat comme négatif, car les entreprises ont un rôle à jouer». Ainsi pour la Dr Hauret, les managers sont des éléments clés pour améliorer la satisfaction de leurs employés, même avec une équipe très diverse en terme de nationalités: «C’est le rôle des managers d’être capables de
créer un esprit d‘équipe et des objectifs clairs, ainsi les problèmes seront gommés et les employés seront plus unis avec une même culture d’entreprise», estime la chercheuse.

La balle est finalement dans le camp des entreprises, car la diversité est pour elles bénéfique: «C’est à elles de créer une culture d’entreprise, des formations, de créer un climat d’égalité pour que les employés aillent au-delà des barrières de langue ou de culture», conclut la chercheuse.