LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Le Luxembourg peut se démarquer grâce à la finance verte, estime le ministre de l’Energie

Le ministre de l’Energie Claude Turmes était invité mercredi à la conférence de l’association Luxflag pour expliquer en quoi la place financière peut être décisive dans la lutte contre le changement climatique.

Le ministre détonne. Dans une salle remplie de costumes sombres, Claude Turmes arbore une de ses chemises à fleurs dont il a le secret. Il est en retard, l’assemblée l’attend depuis une demi-heure. En cause? Son train venant de Diekirch avait du retard. Pour vanter les transports en commun bientôt gratuits du Luxembourg c’est raté. Mais il en est persuadé, la mobilité électrique va se démocratiser dans le pays. Pas trop le choix de toute façon: «Nous allons forcer à la mobilité électrique, déjà les bus vont tous rouler à l’électrique ou l’hydrogène d’ici à 2030. Notre gouvernement doit faire partie du groupe des pionniers de l’e-mobilité». Le Luxembourg en marche forcée vers l’électrique? Avec un centre-ville complètement engorgé aux heures de pointe, des frontaliers au bord de la crise de nerfs, il est temps pour le pays de trouver des solutions alternatives et compatibles avec le développement durable.

Le problème majeur, c’est que l’industrie automobile européenne a freiné des quatre fers jusque-là. Et pendant ce temps d’autres acteurs sont entrés sur le marché: «Les Chinois ont massivement investi dans les voitures électriques, eux et Tesla dominent aujourd’hui le marché. Pendant ce temps les industriels européens sont très en retard, dont certains d’ailleurs sont des criminels et devraient être en prison», mentionnant ainsi le Dieselgate qui a touché les grands constructeurs européens.

Ceux qui vont maîtriser ces technologies vont prendre la main

Le nerf de la guerre, ce sont les batteries pour les véhicules électriques et «aujourd’hui 95% des batteries sont fabriquées en Chine», regrette Claude Turmes. La Banque européenne d’investissement (BEI) planche actuellement sur des fonds alloués à la recherche pour produire des batteries européennes de nouvelle génération, car le temps presse. Ceux qui vont maîtriser ces technologies vont prendre la main. Et le potentiel est énorme assure le ministre: «Celui qui va s’investir dans l’environnement va devenir fer de lance du monde. Oubliez le pétrole et le gaz, ces ressources vont rester dans le sol. C’est l’innovation qui va devenir au centre de la géopolitique».

Et il a de quoi garder espoir avec la nouvelle génération qui est investie dans la sauvegarde du climat: «Les jeunes vont aller manifester vendredi, envoyez-y vos enfants! C’est un moment de l’histoire, comme à l’époque des grandes protestions contre la guerre au Vietnam, et cela va construire leur état d’esprit et mettre la lutte contre le changement climatique comme une priorité».

Les objectifs sont ambitieux pour le Luxembourg: moitié moins de gaz à effet de serre comparé à 2005, efficacité énergétique améliorée de 40 à 44%, la part des énergies renouvelables relevée entre 23 et 25%. «Luxembourg grandit plus vite que Mexico, nous nous devons d’être ultra efficace, nous n’avons pas le choix». Et c’est grâce à sa place financière que le pays pourra être pris au sérieux: «Nous nous devons d’être bon sur la finance verte. Des trillions passent par le Luxembourg, nous nous sommes dit avant les accords de Paris que nous pouvons changer le monde, mais nous avons besoin d’une régulation stricte. Pas de labels soi-disant verts, des labels exigeants. Pierre Gramegna a donné son feu vert pour taxer moins les fonds verts».

Le ministre plaide pour la création d’une chaire à l’université du Luxembourg afin qu’un lobby «positif» se mette en place: «Jean-Claude Juncker a bien évidemment compris l’importance de la place financière et du rôle clé qu’elle peut jouer». Et de conclure: «Le futur de la finance est le vert».