LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Un petit marché appelé à devenir grand

Peur des contrôles, contraintes religieuses, médicales ou tout simplement souhait d’une consommation plus responsable: nombreuses sont les raisons qui poussent les consommateurs à se tourner vers les bières sans alcool ces dernières années.

Bien qu’il s’agisse d’un marché de niche, on constate qu’il se développe pas mal. Début 2017, ce marché était estimé à 1,77% du total. Mais attention, les interprétations varient entre les bières à 0,0% d’alcool et celles à un faible taux d’alcool. Car il peut exister un écart entre l’intitulé et le contenu. Par exemple, en France, un bière peut être désignée sans alcool pour autant qu’elle titre à moins de 1,2% de volume d’alcool.

Une question de fabrication

Pour mieux comprendre cela, un petit coup d’oeil au processus de fabrication du célèbre breuvage s’impose. La bière naît d’un processus de fermentation alcoolique. Par conséquent, pour en réduire la quantité d’alcool, deux solutions s’offrent aux brasseurs. Soit réduire la quantité de malt utilisée pour la fabrication puisque les enzymes du malt transforment l’amidon en sucre, lequel se transforme en alcool. Autre solution: retirer l’alcool du produit après le brassage. Le produit est alors transformé et différentes méthodes peuvent être utilisées, dont l’«osmose inverse» grâce à laquelle l’alcool est enlevé sous haute pression.

Quoi qu’il en soit, la soif pour ce type de produit touche aussi bien les petites brasseries locales que les géants du secteur. Heineken a lancé sa célèbre pils en version 0,0% il y a deux ans et de nombreuses marques du portefeuille d’AB InBev sont désormais déclinées dans une version sans alcool. Coup d’oeil sur un marché qui n’a pas fini de faire mousser.

Pour la Brasserie Nationale, le sans alcool ne fait pas encore recette

Bière à domicile

Frédéric de Radiguès est le directeur général de la Brasserie Nationale, mère des marques Bofferding ou encore Battin. Elle brasse 165.000 hectolitres par an à Bascharage et regroupe quelques 250 collaborateurs. Le directeur suit de près les nouvelles tendances de la consommation de bière qui reste un produit phare au Luxembourg.

Comment décririez-vous le marché actuel de la bière?
FRÉDÉRIC DE RADIGUÈS Le marché ne diffère pas des tendances à long terme, en tout cas de ce que l’on constate ces 25 dernières années, à savoir une diminution de la consommation en Horesca (restaurants, bars) au profit de la consommation à domicile. Quant au consommateur luxembourgois, ce dernier reste très attaché à sa ou ses pils.

Quel a été l’impact de ces deux vagues de canicule sur les ventes? Une bonne ou une mauvaise chose?
DE RADIGUÈS La canicule n’est pas spécialement bonne pour les ventes de bières, car au-delà de 28 degrés, les consommateurs se tournent plus vers l’eau pour se réhydrater, c’est donc la grande gagnante pendant les périodes de canicule. Cela dit, le beau mois de juillet très ensoleillé avec des températures agréables au demeurant a eu un impact très positif sur nos ventes.

On note une tendance vers la bière sans alcool, est-ce aussi notable au Luxembourg et est-ce un créneau que vous surveillez de près?
DE RADIGUÈS La consommation des bières sans alcool au Luxembourg reste encore un segment de vente assez marginale pour nous, et nous ne notons pas d’évolutions spectaculaires dans ce sens. Audrey Somnard

www.bofferding.lu
La bière sans alcool est un marché en pleine expansion, selon le lobby «The Brewers of Europe»

Loin de la croissance zéro

Pas facile d’obtenir des chiffres précis sur le marché des bières sans alcool mais un simple coup d’œil aux linéaires des supermarchés vaut mieux qu’un long discours: on a aujourd’hui un assortiment de plus en plus varié qui va de la simple pils à la bière fruitée en passant par l’IPA.
«C’est la plus forte croissance sur le marché de la bière en Europe», avance Simon Spillane, directeur des relations publiques au sein du groupement des brasseurs «The Brewers of Europe». Qu’elles soient zéro alcool ou avec un taux allégé d’alcool, ces bières trouvent leur public, «très large» selon notre interlocuteur mais plutôt «adulte».

Opération séduction
Le phénomène est particulièrement prononcé en Espagne, où les bières zéro alcool représentent près de 13% des volumes écoulés. Un effet du climat chaud? Peut-être. Mais un autre facteur joue: «L’Espagne est un marché où les brasseurs ont investi beaucoup dans la production de bière sans alcool ainsi que dans le marketing». Car ce n’est un secret pour personne, la bière sans alcool ne dégage pas une image très sexy à priori. En travaillant sur ce point, l’industrie brassicole a semble-t-il réussi à positionner la bière zéro alcool comme «une alternative aux boissons sucrées».
«L’Espagne est le seul marché à ma connaissance où vous pouvez trouver de la bière sans alcool au fût», explique Simon Spillane.
En Allemagne, plus gros producteur et consommateur de bière de l’UE, la bière sans alcool représente pour l’instant environ 5% des ventes. C’est peu, mais déjà nettement plus que la moyenne qui penche à 3%.
«Le marché va continuer à croître car la qualité et la diversité des produits sans alcool va croissante», avance Simon Spillane. Il est en effet loin, le temps où la bière sans alcool se limitait à la seule pils. Aujourd’hui, il y en a littéralement pour tous les goûts. Catherine Kurzawa

La Brasserie de Luxembourg mise sur le sans alcool

Le 0% à 20% des ventes

La bière sans alcool, cela fait déjà quelques années que la Brasserie de Luxembourg s’y aventure. «La bière sans alcool s’inscrit clairement dans la tendance du marché y compris au Luxembourg», assure son directeur Gilles Nackaerts.
En 2016 déjà, la filiale luxembourgeoise du géant brassicole AB InBev a débuté la commercialisation de deux variantes à faible taux d’alcool, des Radlers. Deux ans plus tard, c’est la célèbre Diekirch qui a vu le jour en version 0,0%. «La Diekirch 0,0% est une vraie bière offrant les mêmes sensations... de manière responsable», promet le directeur.

Préserver le goût
Pour parvenir à décliner le produit dans une version sans alcool, le maître-brasseur réalise une double opération. D’abord, la bière moût avec un taux bas de sucres fermentables. Ensuite, elle est brassée avant d’être désalcoolisée. «Si nous souhaitons fournir au consommateur une expérience gustative unique, nous devons parcourir un processus brassicole unique dans lequel le goût et le “corps” sont maintenus même après que l’alcool ait été extraite», insiste le directeur.
Au début de cette année, Gilles Nackaerts assurait que la Diekirch 0,0% représentait déjà plus de 3% des volumes totaux de sa brasserie. En prenant en compte les produits à faible teneur en alcool (Radlers), la part montait même à 6%. Le groupe brassicole ne compte pas s’arrêter là. «Notre ambition est que d’ici 2025, 20% de nos volumes soient des bières en faible/sans alcool».
Outre ses produits fabriqués au Grand-Duché, la Brasserie de Luxembourg peut s’appuyer sur la vaste gamme de sa maison-mère comme la bière spéciale Leffe 0,0% mais aussi les fruitées Hoegaarden 0,0%.  CK

www.brasseriedeluxembourg.lu