Il règne ici une atmosphère unique, où les charmes de l’Orient rencontrent ceux de l’Occident. Les échoppes des marchands ambulants regorgent de lanternes turques tandis que dans les pâtisseries, les loukoums côtoient les tartes aux pommes. À Rhodes, le soleil brille plus de 300 jours par an mais comme ailleurs en Grèce, la situation économique est moins clinquante. Pour dix euros, me voilà partie trois heures en promenade en mer avec trois autres touristes et notre capitaine, Pavlos Nikolakos. «Les temps sont durs», confie-t-il en ajoutant qu’il a fait baisser le prix de l’excursion de cinq euros, histoire de suivre la pression de la concurrence. «On attendait le mois d’août pour faire du chiffre mais là, juillet a été meilleur», reconnaît-il. Les touristes? Il y en a… d’après Eurostat en tout cas: 13,2% de plus entre 2012 et 2013. Mais dans les rues de Rhodes, on ne se bouscule pas vraiment, même en plein weekend du 15 août.
La mainmise des tours opérateurs
Il faut dire que dès leur descente d’avion, les milliers de visiteurs sont pris en charge par leur tour opérateur et reçoivent des consignes dans certains cas assez fermes. Les excursions proposées en ville? «Nous vous conseillons de vous distancier de ces activités et vous conseillons vivement d’assister à la réunion de bienvenue organisée par votre hôte/hôtesse», indique un des leaders du marché belge dans les documents remis à la descente d’avion. Bref, pas de quoi alimenter l’économie locale mais plutôt arrondir la marge des géants du tourisme de masse.
Et à ce chapitre, un coup d’œil à la gamme d’hôtels vaut mieux qu’un long discours: en quelques années à peine, d’immenses complexes cinq étoiles «all inclusive» sont sortis de terre aux quatre coins de la péninsule. Un cadeau empoisonné puisqu’il permet d’attirer un public friand de ce type d’offre, et qui jusque-là optait pour des destinations phares en la matière telles que la Tunisie, l’Egypte ou encore, la Turquie. Mais voilà, enfermés dans leur prison dorée, ces milliers de couples et de familles n’ont qu’une envie: en avoir pour leur argent et profiter au maximum des infrastructures offertes. Et tant pis si au terme d’une semaine de vacances, ils n’auront vu de la Grèce qu’une piscine et une plage privée. Et tant pis pour les locaux qui tentent tant bien que mal de relancer leur affaire…
Vers une année record
Clairement, la Grèce est sur la pente ascendante: les grèves massives qui bloquaient les aéroports il y a encore quelques mois ont laissé place à l’instauration de nouvelles politiques dans les gros titres des journaux internationaux.
De quoi redorer le blason d’une destination qui en a bien besoin. Mais à Rhodes comme ailleurs dans le pays, l’annonce d’un nouveau record de touristes soit 21 millions cette année a un arrière-goût amer: celui du détournement vers le tourisme de masse, nocif au développement économique local.




