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JEAN-PIERRE COUR

Comment réussir vraiment le développement de la Lorraine: les clés de Roger Cayzelle, le président de l’Institut de la Grande Région

Roger Cayzelle, ancien président du Conseil économique et social de Lorraine et aujourd’hui président de l’IGR (Institut de la Grande Région transfrontalière), est l’enfant de parents formant un couple mixte franco-allemand. C’est sans doute l’une des raisons de sa passion pour le „fait frontalier“. Il vient de publier un ouvrage passionnant sur les enjeux de la Lorraine d’aujourd’hui au sein de la région Grand Est et dans la Grande Région transfrontalière : „La Lorraine sans frontières“.

Coopération politique Lorraine/Luxembourg : au point mort depuis des décennies

Roger Cayzelle, de par sa culture et ses choix défend donc la Lorraine tout autant que la Grande Région. Et ce „yoyo“ positif entre défendre la Lorraine et tout à la fois promouvoir cet espace transfrontalier de bientôt 12 millions d’habitants lui permet de prendre cette hauteur de vue si inexplorée par la sphère politique. Il explique en fait que rien ne peut se faire sans une intégration positive de la Lorraine dans la région Grand Est tout autant que dans la Grande Région. Et que pour cela, il faut se mettre en ordre de marche car les choses n’avancent pas vite.

Si le l’ouvrage est globalement positiviste, certains constats restent toutefois amers : „Cela fait des décennies que nous en sommes au niveau zéro de la coopération politique entre la Lorraine et le Luxembourg!“. Dans sa communication, il ajoute : „Il faut cesser de tout faire pour que cesse une certaine forme de ringardisation de la Lorraine surtout qu’elle est objectivement injuste“. Pour lui, aujourd’hui la vraie question n’est pas de savoir si la Lorraine va disparaître car le risque n’existe pas, mais de réfléchir à la manière dont le territoire lorrain doit exister dans cet espace institutionnel plus vaste qu’est désormais la nouvelle région Grand Est mais aussi au cœur de la Grande Région transfrontalière. Tenant à rester foncièrement positif, il dresse ici un portrait sans concession d’une Lorraine avec ses faiblesses mais aussi ses atouts.

Des rapports complexes

Concernant le Grand-Duché, il se dit premièrement très distant des demandes d’indemnisation fiscales faites au Luxembourg par certains élus français : „Les Luxembourgeois sont prêts à coopérer mais sur des projets concrets et je les comprends; les Allemands ne demandent pas de l’argent au Luxembourg… La France n’est pas un pays du tiers monde, tout de même!“. Il ajoute: „Dans tous les pays, on paye ses impôts là où l’on travaille!“. Il milite par ailleurs pour une véritable culture frontalières prioritairement dans le domaine politique mais aussi social et culturel.

Dans le même temps, il reconnaît que le Grand-Duché est un peu juste concernant sa vision de son territoire et le développement au-delà de ses frontières pour implanter par exemple son industrie. Ce qui serait vital pour ce pays. Il constate attristé l‘échec de l’implantation de l’hôpital d’Esch en France du fait de la vision bornée des grands élus français. Il milite donc pour un vrai projet de ville entre les communes du nord-lorrain comme Audun, Villerupt, etc, avec les communes luxembourgeoises. „La balle est dans le camp des politiques“, ajoute-t-il non sans quelques doutes.

Pour une gouvernance active

Quant au Sillon Lorrain : „Les élus français ne rencontrent jamais leurs homologues luxembourgeois. On est sur l’apparence. Il faut installer ici une gouvernance active regroupant en plus des politiques du Grand-Duché le maire de Thionville, Pierre Cuny, les patrons des départements de Meurthe-et-Moselle, Mathieu Klein et Patrick Weiten, tout comme Jean Rottner, président du Grand Est“. Par ailleurs, il attend beaucoup des échanges entre les autorités luxembourgeois et françaises au plus haut niveau sur les problématiques concrètes des deux pays liées à la mobilité, à la santé et la formation.

„La Lorraine sans frontières“ : Editions „Indola“, 130 pages, 14 euros.