CATHERINE KURZAWA

Elle fait partie des quatre éléments et est indispensable à notre vie quotidienne. L’eau se fait toutefois précieuse, à l’heure où l’association Refill Lëtzebuerg demande le droit à l’eau du robinet dans les restaurants et cafés du pays. Avec 5.000 signatures, le texte devrait pouvoir être débattu à la Chambre des Députés, à l’inverse de celui du printemps 2016 qui n’avait pas atteint le quorum requis. Si du côté de la Fédération Horesca l’heure est à l’observation, son secrétaire général François Koepp avait déjà donné le ton lors de l’assemblée générale de mars dernier en soulignant que dans les pays où la gratuité de la carafe d’eau est de mise, «la nourriture est devenue plus chère».

Mais regardons les faits. Aujourd’hui, quiconque va au restaurant demande de l’eau. Celle-ci est servie en bouteille et est facturée 3,50 euros voire 4 euros pour un demi-litre. Et si vous pensez faire des économies en commandant d’emblée une «grande» bouteille, entendez par-là d’un litre, il y a de fortes chances qu’une réponse du type: «On n’a que des demis» vous tombe dessus. De toute façon, in fine, les rares adresses où l’eau est vendue à la bouteille d’un litre la facturent entre 7 et 8 euros, dont acte.

Comparons maintenant le coût du produit et son prix de vente. Un casier de six bouteilles d’eau d’un litre est affiché (hors consigne) 4,74 euros dans une enseigne française connue au Grand-Duché. Cela revient donc à 0,79 euro du litre, TVA incluse. Concrètement, un restaurateur qui vend le litre d’eau à 7 euros multiplie par près de neuf (8,8 précisément) le coût de ce produit, considéré par ailleurs comme un bien de première nécessité. Cet écart m’interpelle. Je suis consciente que tout travail mérite salaire. Dans le cas présent, le restaurateur doit rémunérer ses serveurs, contribuer à ses charges comme le maintien au frais des bouteilles de même que l’usure voire le remplacement des verres. Mais tout de même, j’ai du mal à comprendre pourquoi l’eau est aussi onéreuse. Il est tout à fait normal de prendre une marge bénéficiaire. Mais dans le cas de la bouteille d’eau, une marge de cette ampleur me semble difficile à avaler.

D’autant qu’un autre élément factuel entre en compte: le Luxembourg dispose d’une eau potable de qualité, à la différence de certains pays où il est risqué voire carrément dangereux pour la santé de consommer l’eau du robinet. De son côté, l’association Refill Lëtzebuerg utilise un autre argument: offrir l’eau en carafe permettrait de limiter la consommation de bouteilles. L’appel à la carafe d’eau gratuite se veut donc être un coup de pouce donné à l’environnement. Aujourd’hui, la durabilité est effectivement promue dans - pour ainsi dire - toutes les activités économiques. Qui n’a jamais lu un écriteau dans sa chambre d’hôtel appelant à signaler expressément son souhait de renouveler les textiles de bain voire les draps car, dans une optique de préservation des ressources, la direction ne l’assure plus quotidiennement comme il l’était auparavant d’usage? L’eau est un bien précieux, l’Horesca en est conscient. Le grand public aussi. Reste à ne pas se brûler les ailes en la facturant de manière déraisonnable.