LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Le dernier «Conjoncture Flash» du Statec se montre pessimiste quant aux perspectives économiques

Tant qu’il était contenu en Chine, le coronavirus limitait ses effets sanitaires et économiques au seul Empire du Milieu. Tout au plus les autres continents étaient exposés à des conséquences indirectes. Mais le passage de l’épidémie à la pandémie pèse désormais sur l’ensemble des économies du globe. C’est le message clé du dernier «Conjoncture Flash» du Statec diffusé mardi.

Concrètement, l’institut de statistiques s’attend à fortement réviser à la baisse ses perspectives économiques à court terme compte-tenu des prévisions maussades des autres institutions. L’OCDE table sur une diminution de la croissance en zone euro de 1,3% cette année, la Commission européenne de l’ordre de -1% et Oxford Economics mise sur une fourchette comprise entre 2% et 3% de repli.

Propagation rapide

Arrêt de l’activité économique, chute des marchés financiers et surtout incertitudes ambiantes sont autant d’éléments qui pèsent sur la conjoncture. S’ils devraient se dissiper avec le temps, des séquelles plus durables sont à prévoir au niveau des faillites, du chômage et de la hausse des finances publiques qui se profile. “Il est bien trop tôt de juger ces effets induits qui impacteront plutôt 2021», indique le Statec.

Une chose est sûre: l’impact a commencé fin février avec un durcissement marqué le mois suivant. «L’impact économique sur le premier trimestre est difficile à chiffrer», soutient l’institut.

Avec une première estimation de la croissance annuelle à 2,3% en 2019, le Luxembourg s’affiche certes au-dessus de la zone euro (+1,2%) mais ce n’est qu’une première estimation, souligne le Statec. En outre, ce taux de croissance apparaît bien faible par rapport à celui de l’emploi (+3,6%). Le PIB confirme par ailleurs son repli après un taux de 3,1% enregistré en 2018.

Il faut dire que le contexte actuel n’était déjà pas spécialement fleurissant avec un ralentissement économique amorcé en 2018 qui s’est amplifié l’année suivante. Si le Statec admet que «la pandémie va venir enfoncer le clou», «elle va aussi frapper de plein fouet la demande intérieure, la consommation des ménages, et l’investissement en particulier». Voilà qui tombe plutôt mal quand on sait à quel point les politiques d’assouplissement des taux directeurs des banques centrales visent précisément à relancer l’investissement et la consommation afin de doper l’inflation.

Dans ce contexte particulier, les autorités s’apprêtent à déverser de nouvelles liquidités et aides pour tenter de limiter les dégâts pour le tissu économique. Des 8 milliards d’euros du Fonds européen d’investissement aux 65 milliards d’euros de la Commission européenne, une pluie d’euros est annoncée tandis que les taux souverains se tendent, les marchés boursiers trébuchent et le prix des matières premières s’enfonce. Prenez le baril de Brent par exemple: il est tombé en mars sous les 25 dollars soit un plus bas de 17 ans. Voilà qui explique les tarifs sous le seuil de l’euro du litre d’essence et de Diesel dans les stations-services du Grand-Duché. Cela risque fortement d’impacter l’inflation, alors que la Banque centrale européenne (BCE) vise toujours à atteindre le seuil des 2% jugé équilibré.

Enfin, le taux de chômage a signé en février une légère progression à 5,5% au Luxembourg. Certes, la crise du coronavirus va forcément peser sur la tendance et l’accentuer. A titre d’exemple, le Statec a relevé qu’en 2007, le taux de chômage avait cru de 4,2% au Luxembourg puis de 5,4% l’année suivante. «Le régime du chômage partiel, étendu récemment à quasiment l’ensemble des branches marchandes, devrait encore plus qu’à l’époque jouer son rôle d’amortisseur”, insiste l’institut.

Celui-ci reverra ses révisions dans sa prochaine note de conjoncture dont la parution est programmée le 11 juin. En attendant, la prochaine indexation des salaires se profile au second trimestre 2021.