CARLO SUNNEN

Il y a 150 ans, Napoléon III fut évincé du Mexique

Retour sur un épisode aussi curieux qu’éphémère de l‘histoire.

1. Profitant de la guerre de Sécession américaine qui fait rage au Nord (1861-1865), Napoléon III veut créer au Mexique un empire catholique pour échapper à la fois au monopole cotonnier et au contrôle des liaisons avec le Pacifique assurés tous les deux par les États-Unis, dont la puissance serait ainsi équilibrée dans le Nouveau Monde, et ce bien que la «doctrine de Monroe» (1823) stipule que le continent américain dans son entièreté est à préserver contre toute intervention colonisatrice européenne.

2. Le prétexte est vite trouvé. Parce que l’Indien Benito Juarez, le président libéral du Mexique fédéral, a décidé, pour régler les difficultés financières de l’État mexicain, de suspendre pour deux ans le paiement des intérêts de la dette extérieure, une flotte alliée (Français, Anglais, Espagnols) débarque à Veracruz (janvier 1862). Habile tacticien, Juarez parvient à désintéresser l’Angleterre et l’Espagne qui ont les plus grosses créances (19 février 1862), ce qui fait que Napoléon III, qui soutient les créances privées du banquier Jecker sur le Mexique, doit continuer seul la lutte.

3. Mais les Français échouent devant Puebla et se replient sur Orizaba en attendant des renforts. Finalement, les 28.000 hommes d’Élie Forey s’emparent de Puebla après un siège de 63 jours (17 mai 1863), tandis qu’une compagnie de la Légion étrangère se sacrifie à Camerone pour faire passer un convoi vers Puebla. Le 3 juin, Forey entre à Mexico et est nommé maréchal de France; mais, malade, il cède le commandement à Achille Bazaine. Quelques jours plus tard, un junte proclame empereur l’archiduc Maximilien d’Autriche, qui sans se hâter (il collectionne les papillons) arrive en 1864, après avoir obtenu de Napoléon III l’assurance de son appui politique et surtout militaire. Mais au lieu de conquérir les coeurs des habitants, l’empereur Maximilien se mure dans son palais de Mexico et laisse faire son épouse Charlotte, la fille du roi des Belges.

4. Pendant deux ans, un corps expéditionnaire de 35.000 Français et de 20.000 Mexicains (renforcés par des volontaires belges et autrichiens) doit faire face aux sanglantes opérations de guérilla menées dans tout le pays par les troupes de Juarez qui, replié dans le Nord à Ciudad Juarez (en face d’El Paso sur le Rio Grande), bénéficie de l’appui actif des Américains dès la fin de la guerre de Sécession. Finalement, le maréchal Bazaine, qui faute de troupes ne tient jamais que les villes et abandonne les campagnes à la guérilla républicaine, replie ses troupes autour de Mexico et voit même menacer sa ligne vitale de communication sur Veracruz.

5. La pression de l’opinion publique française, lasse de cette guerre aussi longue que stérile et coûteuse, ainsi que le refus d’abdiquer de Maximilien, provoquent le retrait du corps expéditionnaire français qui évacue Mexico le 5 février 1867 et s’embarque à Veracruz le 12 mars. Le Mexique se soulève alors contre l’empereur, qui, parce qu’il a signé un ordre impérial selon lequel tout sujet pris armé est à exécuter sur place, est lui-même - pris armé d’un révolver - fusillé sur l’ordre de Juarez à Querétaro le 19 juin 1867. L’impératrice Charlotte, qui s’est réfugiée en Europe, sombre dans une folie de 60 ans et meurt dans un château belge.

Le rêve mexicain de Napoléon III, une tuerie complètement vaine se terminant en cauchemar: 40.000 morts mexicains, 6.600 morts français - morts pour rien, dans les sables des déserts...