LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Le «Founder Institute» organisait mercredi une soirée pour les futurs créateurs d’entreprise

Ils ont rempli la salle de l’incubateur «Tomorrow Street» mercredi soir. Des dizaines de personnes, toutes sur le point de démarrer ou en plein projet d’entreprise. Ils ont écouté les conseils de deux co-fondateurs pour tenter de percer les secrets de l’entrepreneuriat. Le «Founder Institute» est un réseau mondial d’entrepreneurs. Au Luxembourg, le réseau organise des événements et favorise l’esprit d’entrepreneuriat. Mercredi soir, la soirée était placée sous le thème «Comment lancer sa start-up au Luxembourg sans quitter son travail principal».

C’est là tout l’enjeu: quand est-ce que son idée géniale est suffisante pour prendre tous les risques et se lancer? Quand on sait que plus de 90% des start-up meurent, quitter son emploi douillet et stable est parfois difficile. C’est ce à quoi ont tenté de répondre Genna Elvin, co-fondatrice de Tadaweb, et Mircea Baldean, fondateur de Meetvibe. Le message est le même, quelle que soit l’idée, il faut bien se mettre dans la tête que démarrer sa propre entreprise demande du temps, beaucoup de temps. Il faut s’impliquer à 200%, et être persévérant.

Genna Elvin a co-fondé Tadaweb il y a 7 ans, dans les locaux du Technoport à Esch: «Nous avons commencé dans de vieux locaux, dans le premier incubateur du pays, le Technoport n’était pas ce qu’il est aujourd’hui à Belval». Aujourd’hui la start-up a investi des locaux, toujours à Belval, et emploie 50 personnes. Ce n’est pas le premier projet de cette Néo-zélandaise, et toute cette expérience lui permet aujourd’hui de donner des conseils sur les erreurs à ne pas commettre pour gagner du temps: «Plus de start-up meurent de suicide plutôt que d’homicide! La clé c’est de parler autour de vous de votre idée, d’avoir le plus de retours possible» avant d’expliquer la «courbe des start-up».

Trouver un produit adapté à son marché

De quoi s’agit-il? La courbe part du moment où l’on a une idée, qu’on se lance avec beaucoup d’enthousiasme (le pic), qu’on se heurte à la dure réalité (la chute), qu’on essaie et essaie encore pour lutter et lentement, très lentement, monter la pente pour que sa société soit finalement viable.

«Nous avions levé 75.000 euros de nos parents et proches. Un soir nous avons réalisé que nous n’avions plus d’argent pour payer les employés. On a dû sortir des sentiers battus et s’accrocher. J’ai trouvé qu’on pouvait récupérer de l’argent des impôts, on a payé nos employés avec deux semaines de retard mais on s’en est sortis. Mais avec quelques conseils, on aurait pu éviter cette période pénible».

Pour l’entrepreneuse, l’objectif est de trouver un produit adapté à son marché. C’est à ce moment-là, et pas avant; que l’on peut quitter son emploi, estime-t-elle. En attendant d’arriver à ce stade, il faut aller vite: «Ce que je conseille, c’est de développer un produit très rapidement, de le mesurer et de le tester, encore et encore. Le mieux est de développer des publicités avant toute chose». L’entrepreneuse prend ainsi l’exemple de Zappos, un des leaders de l’e-commerce pour les chaussures. Mais les fondateurs ont commencé leur aventure sans stock: «Ils prenaient chaque commande et allaient acheter la paire de chaussures en magasin, c’est vraiment comme ça qu’ils ont démarré. Ils avaient besoin de savoir qui achetaient leurs chaussures avant de former un stock».

Puis Genna Elvin poursuit avec un exemple similaire: «Vous voulez vendre des vêtements bio d’une certaine marque éthique. Vous êtes persuadés que ces produits vont bien se vendre: mais à qui, à quel prix? Faites des publicités ciblées, et ceci avant d’avoir un stock. Ciblez les personnes plus matures avec des prix plus élevés, des consommateurs plus jeunes avec des prix plus accessibles, essayez différentes choses, et attendez de voir les résultats. Qui clique sur vos publicités, dans quels pays? Toutes ces mesures vont vous permettre de cibler votre clientèle, de mieux comprendre votre marché. Faites de la publicité sur tout, même si vous n’avez encore rien à vendre, ne stockez rien encore. Cela nous a pris deux ans et demi avant que notre produit soit adapté au marché, j’aurais aimé ne pas perdre autant de temps»