LUXEMBOURG
GAËLLE HAAG

Gaëlle Haag a démarré une startup de finance dédiée spécialement aux femmes, après s’être aperçue que les services financiers les avaient jusque-là négligées.

«Seules 15% des femmes en Europe disent gérer leur épargne – moitié moins que les hommes. Pourtant, le manque à gagner à laisser son argent dormir sur un compte épargne qui ne rapporte rien est énorme sur la durée d’une vie active. En particulier pour les femmes. Payées en moyenne 20% en moins que leurs collègues masculins, cet écart s’aggrave avec le temps et se transforme à l’âge de la retraite en un écart de ressources de plus de 40%. Les femmes ont 40% en moins pour vivre leur retraite alors qu’elles vivent 5 ans de plus.

Malgré cela, la plupart d’entre elles ne se reconnaissent pas dans le monde de la finance. Trop complexe, trop risqué, pas assez vertueux... Les femmes ne se font pas confiance. Et elles ont tort. Des études ont démontré que celles qui investissent ont de meilleurs résultats. Leur rendement dépasse ceux des portefeuilles gérés par des hommes de presque 2%. Pourquoi? Justement parce que les femmes pêchent moins par excès de confiance. Elles investissent sur le long terme, se concentrent sur leurs objectifs de vie plus que sur des paris sur les mouvements des marchés financiers.

Par ailleurs, les femmes sont plus sensibles à la manière dont leur argent est utilisé. Pour une large majorité, l’impact de leurs investissements en terme éthique, sociétal et environnemental est un facteur décisionnel très important.

Le problème, c’est que le monde financier n’a beaucoup évolué en matière de diversité. 80% des conseillers sont des hommes. Le CFA institute, la plus grande association internationale de gestionnaires d’investissement, ne compterait que 18% de femmes. La plupart des campagnes marketing mettent en scène un homme d’âge mur ou un petit garçon et son père/grand-père quand il s’agit de transmission. J’ai moi-même vécu des entretiens avec des banquiers qui ne parlaient qu’à mon mari. Alors qu’il s’agissait de mes avoirs personnels. Une amie a découvert que son banquier avait appelé son compagnon lors d’une arrivée de fonds importante sur son compte à elle. Compte sur lequel son compagnon n’avait même pas de mandat!

Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que la plupart des femmes ne considèrent pas leur banquier comme une personne de confiance et préfèrent demander conseil à leur famille, amis. Quand elles ne choisissent pas simplement de ne rien faire.

Il est temps que l’industrie réagisse et adresse cette problématique. Les femmes influencent aujourd’hui 90% des décisions d’achat et de gestion du ménage. D’ici à ce qu’elles prennent leur place dans la gestion de leur patrimoine qui ne cesse de grandir, il ne se passera pas une génération. Mieux considérer les besoins de 50% de sa future clientèle et s’assurer d’organes décisionnels représentatifs de l’ensemble de son marché, ce n’est pas du féminisme, c’est du bons sens économique.»