ESCH-SUR-ALZETTE
CHRISTIAN SPIELMANN

«Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran» au Théâtre d’Esch-sur Alzette

Dimanche, l’auteur Eric-Emmanuel Schmitt a lui-même interprété sa pièce «Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran» au théâtre d’Esch-sur-Alzette. C’était la première d’une production qui partira en tournée à travers les pays francophones. Anne Bourgeois a réalisé cette reprise en 2012 au Théâtre Rive Gauche à Paris. Schmitt s’est inspiré de la vie du metteur en scène et comédien Bruno Abraham-Kremer pour son livre et sa pièce de théâtre, initialement présenté au Festival d’Avignon en 2001.

Il raconte cependant de façon fictive l’enfance dans les années 1960 de ce homme qui s’appelle sur scène Moïse et est juif.

L’«arme» puissante

Délaissé par sa mère après sa naissance, Moïse vit avec son père architecte qui ne s’occupe guère de lui. Monsieur Ibrahim est un épicier arabe dans la rue Bleue à Paris.

Moïse lui vole des conserves, jusqu’au jour où ils commencent à travers des discussions à se connaître plus profondément. L’épicier qui se veut musulman et non arabe - car être arabe «c’est être ouvert du matin huit heures à minuit» - l’appelle Momo. M. Ibrahim va lui apprendre les choses de la vie, va même l’adopter après la mort du père. Momo apprend que le sourire est son«arme» la plus puissante. Avec un sourire tout va mieux, même chez les filles de la rue Paradis qu’il aime visiter quand sa tirelire en forme de cochon est remplie avec 200 francs.

Momo entreprend un voyage avec son ami qui les conduit au Moyen Orient, là où Ibrahim veut revoir sa «mère de naissance» et son meilleur ami. Finalement, Ibrahim meurt des suites d’un accident de voiture. Avec les mots «je sais ce qu’il y a dans mon Coran», il dit adieu à son «fils» et s’en va tourner comme un atome dans le vide. Et Momo réalise qu’il y a seulement une mer, là où son «père» l’a entraîné. Eric-Emmanuel Schmitt a pris un vif plaisir à interpréter dans son monologue de près d’une heure trente tous ces rôles différents.

Formidable Schmitt

Avec ferveur, il a joué ce garçon d’environ 12-13 ans, avec toute sa naïveté et sa curiosité, tout comme ce épicier arabe sage qui semble avoir réponse à tout.

Il était aussi le père qui finit par se suicider et pour qui être juif signifiait juste «avoir de la mémoire». Un court moment, il donnait vie à la mère que Momo rejette parce qu’elle l’a abandonné pour partir avec son frère (fictif) ainé Popol. La pièce, qui est dominée par un humour intelligent, est un brillant plaidoyer pour une vie sans préjudices.

La découverte du contenu du Coran de M. Ibrahim surprend. Momo n’y trouve que des fleurs séchées et une lettre du meilleur ami d’Ibrahim.

Donc, il ne faut pas de Coran, ni de bible, ni de Torah pour pouvoir vivre en paix et en harmonie avec les autres hommes, de n’importe quelle couleur et confession qu’ils soient!

Ainsi, Momo va être le nouveau épicier arabe de la rue Bleue.