LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

À la veille de la publication des résultats d’ING, Rik Vandenberghe revient sur son mandat

Dès le 1er mars, Rik Vandenberghe quitte ses fonctions de CEO d’ING Luxembourg pour rejoindre le Comité de direction d’ING Belgique. Sous sa mandature, la filiale grand-ducale de la banque a pris un nouveau tournant, et surtout, un ancrage local qui lui manquait tant. Retour sur ces avancées mais aussi sur les missions à venir pour le successeur du Belge, son compatriote Luc Verbeken.

Une chose surprend quand on voit votre parcours. Vous avez toujours travaillé pour le même employeur…

RIK VANDENBErGHE Quand j’étais étudiant à l’université, je voulais à tout prix travailler pour la BBL (qui, en 1998 a été absorbée par ING). J’ai envoyé une centaine de lettres de sollicitations et j’avais trois offres d’embauche en poche, mais j’attendais la réponse de la BBL. C’est à ce point que mon papa me disait de répondre aux autres car ils allaient lâcher leur offre. Et puis un jour, la lettre est tombée.

Et qu’est-ce qui vous attirait chez la BBL?

VANDENBERGHE L’esprit jeune, dynamique, une certaine liberté dans l’approche. C’était fort différent d’autres banques que j’avais vu à l’époque. Bon, on est jeune donc, on ne se rend pas compte de tout, mais on a quand même une vraie impression de cette culture.

Quel bilan dressez-vous de votre mandat?

VANDENBERGHE On peut dire que c’est très positif. Nous étions une entité dans un groupe international très ambitieux, mais où le Luxembourg était peut-être moins visible. Je me souviens, quand je suis arrivé à Luxembourg, les gens me demandaient: «Mais ING, c’est quoi exactement?» Je pense qu’aujourd’hui, tout le monde sait qu’ING est une banque aussi bien locale qu’internationale.

Qu’avez-vous mis en place pour y parvenir?

VANDENBERGHE Au niveau du soutien aux entreprises, nous sommes beaucoup plus présents qu’au début. Au niveau local, nous avons lancé une série de produits, renouvelé le look de nos agences, et c’est comme cela qu’on a gagné beaucoup de nouveaux clients. Par exemple, en private banking, on a lancé un desk spécialisé pour les clients Luxembourgeois, et aussi des produits comme le «Orange lion account», car on est challenger sur le marché.

On a également beaucoup fait au niveau networking. Par exemple, au seine de notre conseil d’administration, on avait deux administrateurs externes qui sont des avocats très réputés (Paul Mousel et Alex Schmitt). Mais nous avons aussi introduit des chefs d’entreprises plus classiques comme Robert Dennewald de la Fedil et Hubert Clasen du groupe Bernard-Massard. Aussi, pour augmenter cet ancrage et bien sentir le marché, j’ai créé il y a trois ans et demi un conseil consultatif avec une dizaine de chefs d’entreprises actives dans des secteurs différents. On se réunit cinq fois par an et on discute avec eux, on reçoit leurs conseils pour encore mieux s’adapter aux besoins des clients. Ils sont très utiles dans le développement de notre stratégie.

ING organise aussi des évènements qui construisent l’identité de la marque: les Solidarity Awards et le marathon...

VANDENBERGHE Tout ce qui est Corporate Social Responsiability est très important pour nous. L’ING Solidarity Award a connu un énorme succès lors de sa première édition, l’an dernier, avec plus de 200 inscrits. Donc, on va relancer l’action à la mi-juin, avec une remise des prix au dernier trimestre de l’année. Pour le marathon, mon prédécesseur a décidé de prendre le risque et puis, avec nos équipes marketing, nous sommes allés un peu plus loin chaque année dans l’organisation. Alors, maintenant je ne suis plus CEO d’ING, mais cette année, je participerai au semi-marathon. Je n’ai jamais fait ça, alors je suis dans mes entraînements. C’est un challenge.

Vous n’aviez travaillé qu’en Belgique. Quelle a été votre appréhension en arrivant au Luxembourg?

VANDENBERGHE J’étais très enthousiaste. En fait, j’ai fait savoir que j’étais fort intéressé par le poste de CEO au Luxembourg. Alors, le processus a pris du temps, mais on m’a sollicité en me demandant de continuer à faire deux grandes choses: du long terme et continuer à voir des clients, ce que j’adore.

Demain, vous présenterez les résultats annuels d’ING Luxembourg. Le premier semestre avait déjà été très propice pour le groupe. Le second a-t-il suivi la même tendance?

VANDENBERGHE On a de bons résultats mais je ne peux pas aller plus dans les détails. Il faut aussi savoir que c’est la première année où on pourra comparer des pommes et des pommes, puisque 2011 et 2012 ont été similaires en termes de portefeuille d’activités. À mon arrivée, on a décidé qu’on séparerait l’activité fonds de l’activité bancaire. En 2006, cette activité représentait la moitié de notre «bottom line». La séparation s’est faite progressivement, jusqu’en 2010. Avec le développement réalisé dans d’autres secteurs, on a pu plus que compenser ce qu’on a perdu.

Et maintenant, on vous renvoie à Bruxelles. Qu’est-ce que cela vous inspire?

VANDENBERGHE En fait, je n’ai pas vu venir ce qui est arrivé. Bon, je reçois un super poste à Bruxelles donc je suis très content. Mais dans le même temps, je quitte avec un peu de sentiments mélangés car j’adore le Luxembourg, je vois encore beaucoup de potentiel au Grand-Duché. J’apprécie que le groupe pense à moi et sans l’avoir demandé. Mais au moment d’y aller, c’est un petit cœur que je vais quitter ici; mais je garderai beaucoup de contacts, je peux vous le dire (rires). J’ai beaucoup d’amis à Luxembourg et puis, il y a les équipes. Et des Luxembourgeois m’ont déjà dit: «Rik, n’importe quand lorsque tu viens à Luxembourg, tu peux loger chez nous.» Je trouve çela magnifique.

Ce poste au Luxembourg, que vous a-t-il apporté?

VANDENBERGHE Tout d’abord, je n’avais jamais été «number one». Donc, ici, j’ai pu faire beaucoup plus évoluer les choses dans la direction souhaitée. Ensuite, il y a l’aspect international de Luxembourg. Ce qui m’a frappé, c’est que pour le Grand-Duché, le monde, c’est le marché. Tandis que dans un pays comme la Belgique, le marché, c’est la Belgique et puis on regarde éventuellement à l’international. Aussi, le Luxembourg est un pays très entrepreneurial, avec beaucoup d’initiatives. Il y a toujours quelque chose à faire. Et au niveau personnel, ce pays est fabuleux pour y vivre et puis, je me suis fait des amis pour la vie ici.

L’une de vos réalisations reconnues est d’avoir placé la banque sur la Place financière luxembourgeoise…

VANDENBERGHE Je pense que ce qu’on a fait, c’est occuper le terrain. Tout commence par les équipes. On a pu engager des gens très compétents avec un profil local et un esprit proactif. Au niveau de la marque, nous avons la couleur orange et les valeurs qui gravitent autour. On a aussi élargi notre réseau avec nos nouveaux administrateurs et notre comité consultatif. Et pour montrer qu’on est là sur le long terme, il y a le nouveau siège, avec le projet «Orange bricks». Je suis extrêmement heureux, car ça permet de réaffirmer la volonté d’ING de prendre des engagements à long terme, alors que la crise n’est pas terminée.

Considérez-vous que tous vos objectifs ont été atteints?

VANDENBERGHE «It’s a never ending story». On est axé sur la diversité. En 2010, nous avons reçu le prix de l’Égalité des chances. Et un jour, il faudrait qu’on ait une femme dans le comité de direction, voire au top niveau de la banque. Nous souhaiterions aussi avoir davantage de Luxembourgeois aux postes à responsabilité.

Qu’est-ce qui attend votre successeur?

VANDENBERGHE On a choisi quelqu’un qui va assurer la continuité d’ING Luxembourg. Il a un «background» très complet avec de l’entreprise et du «retail banking». Il a aussi davantage d’expérience internationale aux Pays-Bas, en Espagne, à New-York, à Amsterdam. Je pense vraiment qu’on a trouvé la personne pour continuer à œuvrer à ce qu’ING Luxembourg soit la banque la plus recommandée. On est sur le bon chemin.

Quel conseil lui donneriez-vous?

VANDENBERGHE Je pense qu’il faut continuer à investir dans les équipes, à pousser la créativité du personnel. Et aussi, continuer à travailler le «networking» et la visibilité d’ING Luxembourg.