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FABRICE BARBIAN

500 hectares de terres agricoles disparaissent chaque année en Moselle

Comme dans de nombreuses autres régions de France, les terres agricoles se réduisent en Lorraine. Le long de la frontière, le rachat de terres par les agriculteurs Luxembourgeois complique un peu plus la situation. L’agriculture et la filière agro-alimentaire est l’une des filières d’excellence et d’avenir supportée par la Lorraine dans le cadre du Pacte Lorraine 2014-2016. Il est vrai que la Lorraine agricole est un secteur économique qui pèse avec 26.500 actifs au sein de 12.650 exploitations, dont 7.900 grandes ou moyennes (données 2010). Un secteur confronté à de multiples difficultés (PAC, volatilité des marchés, contraintes environnementales…) mais également à la pénurie de terres.

«En Lorraine, sur les onze dernières années se sont près de 14.000 hectares de terres agricoles qui ont été vendues en vue d’un changement de destination : infrastructures (LGV, routes…) zones d’activité et surtout l’urbanisation, soit une moyenne de 1.251 hectares par an», précise la Safer Lorraine (Société d’aménagement foncier et d’établissement rural), en 2012. A l’échelon du département de la Moselle, ce sont ainsi 500 hectares de terres agricoles qui partiraient «en fumée» chaque année.

Les Luxembourgeois compliquent la donne

En fin d’année dernière, les agriculteurs mosellans ont à nouveau manifesté à Audun-le-Tiche pour alerter, une fois encore, les politiques (même si depuis 2010, l’entrée en vigueur des commissions départementales de la consommation des espaces agricoles facilite le dialogue) et l’opinion publique, sur cette lente dérive. Le choix du lieu de manifestation ne devait rien au hasard. Le contournement d’Audun-le-Tiche et l’EcoCité d’Esch-Belval occasionnant une perte de 100 ha de foncier agricole à en croire la profession. Il est vrai aussi que les agriculteurs situés le long de la frontière ont également à composer avec un autre phénomène: le rachat des terres par les Luxembourgeois. «On ne peut pas véritablement parler de phénomène car ce n’est pas un mouvement d’ampleur. Mais c’est vrai que cela participe à compliquer encore davantage l’acquisition de nouvelles terres, à proximité de la frontière. Et cela peut créer localement quelques tensions», concède Romuald Vallon, conseiller foncier à la Safer Lorraine «cela dit, les règles sont les mêmes pour tous et les Luxembourgeois ont tout à fait le droit de s’en porter acquéreur».

Rendez-vous en septembre

«Les rachats de terres par des Luxembourgeois mais également des Allemands font que le prix de l’hectare a tendance à augmenter dans le nord lorrain. Cela pousse certains agriculteurs du secteur, qui n’ont pas forcément des moyens importants, à s’installer plus au sud car l’hectare y est moins cher. Nous n’en sommes pas encore là mais si cette tendance se confirmait, à terme, le prix de la terre augmenterait également dans le reste de la région, des zones plus éloignées des frontières», précise Philippe Houpert, agriculteur et responsable de la communication chez JA 57 qui modère néanmoins l’ampleur des acquisitions de terres par des étrangers. La hausse des prix et la disparation de terres agricoles freinent l’extension des entreprises existantes (certaines règles également) mais limitent surtout les installations de jeunes agriculteurs, ce qui à long terme pourrait fragiliser l’indépendance alimentaire de la France. Ces inquiétudes légitimes, le secteur entend à nouveau les partager avec le grand public et les politiques, en septembre prochain. Mais pas en manifestant.

Cela se fera lors de la manifestation festive et populaire, Les Terres de Jim, qui se déroulera, cette année, en Moselle (voir encadré). «Pour le syndicat mosellan, ce sera l’occasion de défendre l’idée d’une sanctuarisation du foncier agricole sur la BA 128», précisent les Jeunes Agriculteurs 57, chargés de piloter l’organisation de l’édition 2015.

Pour l’heure, les esprits sont avant tout tournés vers un autre rendez-vous: le Salon de l’agriculture qui ouvre ses portes le week-end prochain.