LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

La Chambre des Métiers a proposé hier une journée dédiée à la digitalisation

Les orateurs se sont succédé hier après-midi à la Chambre des Métiers pour renseigner les artisans et patrons de PME sur leurs droits à des aides, et surtout comment concrètement passer le cap de la digitalisation, et expliquer quels en sont les avantages. Divisé en deux salles, luxembourgeois et francophones, tous les aspects de la digitalisation ont été abordés, jusqu’à toutes les formes d’aides étatiques en dernière présentation.

Chez les francophones, ils sont une vingtaine de chefs d’entreprises à suivre cette journée qui leur est dédiée. Déjà une question est soulevée, comment obtenir des aides pour des abonnements de logiciels.

Le gouvernement rembourse uniquement les achats uniques, ce qui n’est plus forcément d’actualité pour des sociétés de logiciels qui basent aujourd’hui leur «business model» sur la location et abonnements, et non la vente.

En fin de journée, le ministre délégué à la digitalisation Marc Hansen a rappelé que l’Etat lui-même était en train de faire sa propre révolution digitale. Ainsi après l’annonce il y a quelques semaines d’un projet blockchain publique avec le SIGI pour digitaliser les communes, il sera très prochainement possible de commander online son certificat de résidence.

«Les démarches en ligne vont se multiplier, c’est ce vers quoi nous allons, et cela devrait faciliter la vie des entreprises qui utilisent déjà guichet.lu pour obtenir des certificats, des déclarations d’impôts ou encore de salaires de leurs employés. Le gouvernement est en réflexion constante sur la progression d’un e-gouvernement», estime le ministre qui ne veut pour autant pas imposer la digitalisation à marche forcée.

«Nous voulons nous positionner comme facilitateur pour les entreprises et les fédérations. Mais il est important de se poser les bonnes questions avant de digitaliser un processus. L’homme doit rester au centre des discussions, il ne faut pas de digital à tout prix. Il doit faciliter le travail, faire économiser du temps et de l’argent», a-t-il indiqué.

Une transition digitale heureuse

Julia Kasper était le «keynote speaker» d’hier pour clôturer la journée. Un bon moyen pour les artisans d’avoir un témoignage très concret d’une transition digitale heureuse. La jeune femme a lancé sa propre société il y a cinq ans, Holzgespür, qui réalise de la configuration 3D de tables en bois, à Coblence.

Les tables sont réalisées dans l’atelier de l’entreprise familiale. Les parents de Julia Kasper avaient une activité florissante et n’étaient pas vraiment demandeurs de changements. Mais ils étaient ouverts à la nouveauté. Julia Kasper a investi massivement, en commençant par engager un développeur de logiciels. Un investissement substantiel pour une petite entreprise de seulement une dizaine d’employés.

L’entrepreneuse a tâtonné pendant plusieurs mois, et a finalement trouvé le bon rythme: «J’ai gaspillé de l’argent pendant trois mois avant de réaliser que je devais comprendre moi-même l’aspect technique. Mais l’obstacle principal reste la communication, il faut expliquer et expliquer encore. Le changement se fait mais il faut surtout le faire appliquer», estime Julia Kasper.

En cinq ans, la petite ébénisterie familiale qui vendait principalement des tables localement a réussi à avoir une vitrine à l’international, grâce à une plateforme digitale. Aujourd’hui les tables sont vendues à travers toute l’Allemagne, jusqu’en Suisse. Actuellement, un tiers du chiffre d’affaires provient de cette plateforme. Une réussite mais qui n’a pas été sans efforts. La patronne a tout remis à plat, a revu les processus, ce qui a permis de réduire les marges et d’augmenter la productivité. «Nous avons mis les équipes autour d’une table, et les conversations ont été pour le moins musclées car tout le monde avait des idées arrêtées. Nous avons fourni des smartphones à chaque employé en 2015 pour calculer leur temps de travail. C’était un changement difficile à implémenter car certains n’y voyaient pas d’intérêt, que c’était trop compliqué. Je me rappelle avoir dit à un employé, présent depuis 40 ans, que si il arrivait à voir des photos de ses petits-enfants sur son iPhone, alors il pouvait aussi s’en servir pour le travail, ce n’était pas si compliqué. La plupart écrivent encore leurs heures sur papier avant de les encoder dans le téléphone, c’est un début», estime-t-elle.

Julia Kasper a su développer le potentiel d’une entreprise avec un riche savoir-faire.

Ainsi, le père de l’entrepreneuse avait toutes les informations sur chaque tronc de bois présent à l’atelier en tête: sa provenance, ses qualités, son taux d’humidité etc. «C’est incroyable tout ce que mon père stocke dans son cerveau, car nous avons quelque chose comme 180 troncs de bois en permanence dans l’atelier. Mais cela veut dire que sans mon père, toutes ces informations précieuses disparaissent avec lui», a analysé la jeune femme.

Elle a ainsi développé un capteur qui enregistre sur le bois toutes les informations sur le bois. De l‘«internet of things» pour des ébénistes, il fallait y penser !