LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Pour le Ministère de l‘Economie, la plateforme est une bonne chose pour le pays

Les plateformes d’hébergement entre particuliers, de type Airbnb, ont pris un essor considérable, en particulier dans les secteurs touristiques. Des grandes villes comme Barcelone ou Paris sont parties à la chasse contre des pratiques qui sont devenues incontrôlables pour les autorités: un véritable secteur de l’hébergement parallèle s’est mis en place, avec des biens mis exclusivement à la location sur Airbnb. Des mairies ont mis le hola pour tenter d’enrayer la tendance, rassurer les hôteliers qui crient à la concurrence déloyale, et remettre des biens sur le marché locatif à l’année.

Le phénomène n’épargne pas le Luxembourg. La députée Claudine Konsbruck (CSV) estime à 300 les biens répertoriés sur Airbnb, et cite dans une question parlementaire l’estimation de la fédération Horesca à 250.000 nuitées réservées via cette plateforme pour l’année 2017. Le député Léon Gloden (CSV) estime lui à 700 personnes mettant leurs biens en location sur la plateforme, dans une question parlementaire portant sur le même sujet. Pour les deux députés, il s’agit d’autant de manque à gagner pour les hôteliers qui, eux, doivent répondre à une législation et à des normes strictes.

Alors que les hôteliers français ont porté plainte contre le géant américain, du côté du Luxembourg, la secrétaire d’Etat à l’Economie et au tourisme préfère temporiser, en soulignant plutôt les bienfaits que ce type d’hébergement peut avoir sur le tourisme: «Il s’agit d’une offre très diverse qui constitue un complément intéressant à l’offre d’hébergement touristique classique. Cette offre peut être bénéfique et attirer une clientèle nouvelle, qui est à la recherche d’un hébergement alternatif et d’une expérience de voyage différente. Elle contribue ainsi à la diversité et a l’attractivité de l’offre touristique d’une destination».

Un moyen supplémentaire d’attirer des visiteurs au Luxembourg

Et d’ajouter, une étude de la Commission européenne à l’appui, que ces plateformes d’économie collaborative contribuent à un tourisme différent, mais à un tourisme quand même. La secrétaire d’Etat voit donc dans Airbnb un moyen supplémentaire d’attirer des visiteurs au Luxembourg. Pour Francine Closener, les hôtels n’ont pas été impactés négativement par cette offre alternative car les logements Airbnb sont souvent situés en périphérie ou en zone rurale, en dehors des localisations où les hôtels se trouvent. Les séjours sont généralement moins chers, et les visiteurs restent plus longtemps que dans des hôtels, du point de vue touristique, c’est donc bénéfique pour le pays: «Toutes les études de cas, à l’exception de Florence, montrent un taux d’occupation inférieur pour les annonces Airbnb par rapport aux hôtels. L’étude conclut que l’offre d’hébergement à court terme dans l’économie collaborative et l’offre d’hébergement traditionnel sont complémentaires plutôt que concurrentielles», poursuit Francine Closener dans sa réponse parlementaire, citant toujours l’étude européenne. La Secrétaire d’Etat tient cependant à rappeler les règles qui régissent les locations entre particuliers. Au Luxembourg, elles relèvent du droit commun des contrats et de la responsabilité.

Les personnes louant des logements à des touristes sont tenus par plusieurs obligations: salubrité, hygiène, mais surtout obligation pour les loueurs de déclarer les revenus liés à cette activité… en théorie.

Pour finir, Francine Closener rappelle que le Luxembourg n’a pas à faire face à des afflux de touristes comme à Barcelone ou Paris, et que les conséquences sur le Grand-Duché ne sont pas notables. Une enquête diligentée par le ministère de l’Economie devrait rendre ses conclusions dans le courant du premier trimestre 2019, afin de «définir les options et recommandations politiques, stratégiques et réglementaires nécessaires pour encadrer l’économie de partage au Luxembourg», conclut la secrétaire d’Etat.