LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Le LISER s’est penché sur les opportunités du travail à distance au Luxembourg

Routes et transports publics saturés, digitalisation des activités, tout converge actuellement pour que le télétravail progresse. Surtout au Luxembourg, où l’économie est basée sur le secteur des services. Des hordes d’employés qui travaillent exclusivement ou presque sur ordinateur et qui n’ont pas vocation à être au bureau 100% de leur temps. Mais les mentalités progressent lentement, aussi bien de la part du management que des employés eux-mêmes. Pour pouvoir télétravailler, il faut d’abord que l’emploi le permette. Or, certains emplois ne permettent pas de travailler en dehors de son lieu de travail. En 2013, à peine la moitié (48%) des salariés du secteur privé luxembourgeois estimaient que leur emploi se prêtait au télétravail.

Ensuite, lorsque le télétravail peut se concevoir, l’entreprise doit donner l’opportunité à ses salariés d’y recourir. Or, il existe de nombreux freins au développement du télétravail au sein des entreprises (crainte de perdre le contrôle sur le temps de travail des salariés, nécessité de repenser le mode de management ou de développer la sécurité du système informatique, etc....). En 2013, les trois quarts des salariés ayant un emploi qui se prêtait au télétravail déclaraient que leur entreprise ne leur accordait pas la possibilité de télétravailler. C’étaient donc 88% des salariés qui déclaraient ne pas avoir l’opportunité de télétravailler: la moitié (52%) du fait de la nature de leur emploi et les autres (36%) parce que leur entreprise ne le leur permettait pas. Quant aux 12% de salariés ayant l’opportunité de choisir cette méthode.

Un recours au télétravail occasionnel

Le Dr. Laetitia Hauret du LISER s’est penchée sur ce phénomène avec l’étude «Télétravailler: Opportunités, choix et bénéfices». Au vu des limites fiscales au télétravail pour les frontaliers (limités à 24 jours par an pour les Belges, 29 pour les Français et 19 pour les Allemands), l’étude s’est concentrée sur les employés résidents au Luxembourg.

La part des salariés résidents qui travaillent au moins une heure par jour à domicile est en forte progression puisqu’elle est passée de 7,2% en 2005, à 19,1% en 2010 et 28,2% en 2015. Certainement dû en grande partie grâce aux avancées technologiques car il est désormais très facile de consulter et répondre à des emails professionnels via son smartphone. La part de télétravailleurs a également augmenté passant de 1,7% en 2005, à 7,1% en 2010 et à 19,3% en 2015 indique le LISER. Le Luxembourg est l’un des quatre pays européens, avec le Danemark, les Pays-Bas et la Suède, où la proportion de télétravailleurs est la plus élevée (Eurofound, 2016). Mais à y voir de plus près, le recours au télétravail est, toutefois, occasionnel puisque 8% des salariés télétravaillent parfois et 2% souvent.

Lorsque l’emploi se prête au télétravail, les hommes se voient plus souvent offrir par leur entreprise la possibilité de télétravailler que les femmes, note le LISER: «Ce résultat qui se retrouve dans d’autres études est généralement expliqué par l’idée que les hommes ont un plus grand pouvoir de négociation. En revanche, quand ils ont l’opportunité de télétravailler, femmes et hommes ne se différencient pas dans leur pratique du télétravail». Il y a aussi une différence d’âge puisque les plus de 30 ans, les salariés ayant au moins deux enfants à charge et résidents s’ils sont autant susceptibles, que les autres salariés, de se voir offrir la possibilité de télétravailler quand leur emploi se prête à cette forme d’organisation du travail, ils sont plus susceptibles de se saisir de cette possibilité.

Rien que d’avoir le choix serait donc bénéfique

L’étude montre également que les télétravailleurs ont un niveau de satisfaction plus élevé que les salariés qui ne télétravaillent pas: leur satisfaction est de 7,2 sur une échelle allant de 0 à 10, contre 6,3 pour les autres salariés. En revanche, lorsque l’on restreint l’analyse aux salariés qui ont l’opportunité de télétravailler, ceux qui choisissent de télétravailler et ceux qui ne choisissent pas de télétravailler rapportent le même niveau de satisfaction. «Il semble que ce ne soit pas le fait de télétravailler qui améliore la satisfaction au travail mais le fait de bénéficier de cette opportunité», note l’étude. Rien que d’avoir le choix serait donc bénéfique, ou montrerait que l’entreprise se soucie peut-être plus du bien-être de ses employés. En effet, «les salariés qui ont l’opportunité de télétravailler savent que s’ils en éprouvent le besoin, ils pourront bénéficier de cette pratique ce qui accroît leur satisfaction au travail».

Obligations familiales obligent, ceux qui ont au moins deux enfants à charge sont plus susceptibles d’utiliser la possibilité qui leur est offerte de télétravailler (84% contre 77%). A certains égards, «le télétravail peut apporter davantage de flexibilité dans la gestion des tâches liées à la famille», résume l’étude. Avoir des enfants à charge accroît le besoin d’une meilleure conciliation vie privée-vie familiale et incite les salariés au télétravail. De nombreuses études internationales ont montré que la présence d’enfant(s) dans le ménage augmente la probabilité qu’un salarié choisisse de télétravailler.

Plus logiquement, les plus jeunes et les salariés ayant moins d’ancienneté dans leur entreprise optent moins pour le télétravail. Ils se sentent probablement moins légitimes à demander cette option. Les moins de 30 ans sont moins susceptibles d’utiliser le télétravail: 67% des moins de 30 ans contre 81% des 30-49 ans et 85% des 50 ans et plus. Ce résultat se retrouve dans d’autres études comme celle de Sener et Bhat (2011) réalisée sur des données américaines. Ces auteurs l’expliquent par l’idée que les jeunes accordent une plus grande valeur au fait d’être entouré par d’autres personnes sur leur lieu de travail.