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EY a analysé l’impact des nouvelles technologies sur la gestion de fortune

La combinaison de la ronce de noyer et de la tablette est en marche», affirme Olivier Maréchal, Financial Services Advisory Leader au sein de l’entreprise de conseil EY. Avec «ronce de noyer», il fait allusion à l’image traditionnelle du gestionnaire de fortune recevant ses clients dans un bureau de haut standing. C’est toujours le cas aujourd’hui. Mais les clients, très mobiles sur une échelle globale et bien équipés en outils de communication, souhaitent aussi disposer de l’expertise de leur conseiller à n’importe quel endroit du globe.

Un développement qui entraîne évidemment pléthore de défis pour les banquiers privés. Ces défis, ainsi que les réponses à la demande, EY les analyse dans la plus récente édition de son étude «Digital Disruption and the game-changing role of technology in global wealth management», dans laquelle la situation sur la place financière luxembourgeoise est analysée pour la première fois. Douze grandes institutions financières de la place ont été intégrées dans le benchmarking. «L’objectif était aussi de voir si les volontés affichées de développer de nouveaux services afin de faire face à la demande correspondent bien à la réalité des efforts», explique Olivier Maréchal.

«Social trading» et «analytics» puissants changent la donne

A côté de la mobilité croissante des clients, le spécialiste voit deux tendances lourdes qui changent la donne dans la gestion de fortune. D’abord, les réseaux sociaux. «De plus en plus d’investisseurs se tiennent aujourd’hui au courant des opportunités par Facebook, Twitter ou d’autres réseaux sociaux. Il y a même des réseaux spécialisés dans le «social trading» qui offrent non seulement des outils de mesure de performance, mais aussi de nombreux conseils et informations permettant à l’investisseur de se forger une impression. Le client s’attend à ce que sa banque y soit aussi et il attend des services en temps réel», souligne Olivier Maréchal. Troisième tendance lourde: «Avant, on disposait de quantité de données sans disposer des outils pour les analyser. Aujourd’hui, les méthodologies et outils statistiques pour pouvoir analyser les comportement des clients existent. C’est très important pour le ciblage marketing et pour pouvoir offrir vraiment des services sur mesure».

Si une banque privée souhaite élargir sa clientèle, elle est bien obligée de s’adapter à ces attentes.

«Mais attention, toucher une clientèle plus large, signifie devoir faire face à une concurrence accrue de laquelle il faut se dégager en offrant des services sophistiqués», explique Denis Costermans, directeur associé Advisory chez EY. Si les banques disposent d’énormes atouts pour se lancer sur un marché où pullullent des services offerts par des non-banquiers - conformité aux régulations, fonds propres importants, réputation, gestionnaires de fortune spécialisés - il demeure qu’un investissement important est nécessaire pour bien démarrer.

Un hiatus entre objectifs affichéset réalité

Et là, «il y a un hiatus entre les buts affichés et la réalité», affirme Olivier Maréchal, «deux tiers des investissements sont effectués pour la compliance aux régulations et l’optimisation des coûts. L’innovation ne représente que la partie congrue». Evidemment, le carcan réglementaire enlève aussi de l’agilité au niveau des adaptations informatiques. «Les nouveaux outils permettent de lancer des services assez rapidement aujourd’hui», explique le spécialiste, «mais les cycles derrière pour la mise en conformité de l’informatique, la complémentarité des processus et les décisions pour les investissements sont beaucoup plus lents».

Impossible de fonctionner en «mode silo»

Olivier Maréchal voit ainsi le besoin d’un changement de culture au niveau de l’informatique - «tout est connecté aujourd’hui, donc on ne peut pas faire fonctionner les systèmes en mode silo» - mais aussi du travail des spécialistes IT, marketing et métiers de banque. La complémentarité serait de mise.

«Oui, il y a un risque opérationnel, mais il faut bien prendre un risque pour se positionner», souligne-t-il, «il n’y a pas de solution magique».

Les deux experts sont unanimes pour dire que la place bouge beaucoup en ce moment au niveau des «Fintech». «Le Luxembourg réunit beaucoup de conditions pour obtenir des succès et se positionner par rapport à des places concurrents comme Londres, Dublin, ou encore Barcelone et Berlin», explique Denis Costermans qui se réjouit de l’attention des autorités publiques pour les «Fintech». «Ce qu’il faut toutefois, c’est attirer davantage de talents et du capital risque pour créer un véritable écosystème propice à ce secteur».