LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

La «startup nation» a du mal à décoller

Cela fait maintenant sept ans que le Luxembourg a lancé en fanfare son «nation branding» et notamment la notion de «startup nation». Depuis, beaucoup a été fait. Il est plus facile de démarrer son entreprise, les jeunes pousses sont épaulées par une multitude d’incubateurs, dont certains spécialisés, l’Université mobilise ses ressources et Luxinnovation joue les chefs d’orchestre. L’écosystème étant encore très jeune, des programmes ont été lancés, comme Fit4Start qui promet d’accompagner les jeunes pousses dans leur développement. En sept ans, l’Etat s’est immiscé dans tous les rouages de l’écosystème, pour le meilleur et pour le pire: «Tout est là pour que les choses se fassent, mais c’est un gros problème d’avoir uniquement des fonctionnaires. Etre entouré de startups ne veut pas dire savoir ce que c’est une startup», confie un ancien fondateur.
La pandémie actuelle a révélé les failles du système. Des jeunes pousses en quête de financement se sont retrouvées arrêtées net dans leur élan, sans pouvoir bénéficier des aides de l’Etat, comme les entreprises classiques. Il y a deux semaines, Elodie Trojanowski, CEO de Luxfactory, s’est plainte sur les réseaux sociaux, agacée de voir que le Luxembourg a perdu sept places dans un classement des pays les plus compétitifs. Selon elle, sans l’innovation et la créativité des startups, le Luxembourg n’a aucune chance de rester compétitif. «Il est temps pour le Luxembourg d’investir dans son avenir! La mise en place d’un solide écosystème de fonds de capital-risque avec des équipes de décision locales et la création d’un abri fiscal pour les investisseurs privés pourraient être les outils à privilégier», a-t-elle posté.  

Incitatif fiscal

En cause, le manque d’incitations fiscales pour convaincre les investisseurs à mettre leur argent sur des jeunes pousses à l’avenir incertain. «L’incitatif fiscal reste selon moi l’un des leviers qui a donné le plus de résultats dans les pays voisins tels que le Royaume-Uni, la France ou la Belgique», explique Elodie Trojanowski.  «Le modèle anglo-saxon est le plus agressif et celui qui a donné le plus de résultats. Selon l’Université de Cambridge, en 2016, le Royaume-Uni représentait à lui seul 73% du marché européen de la finance alternative. A titre comparatif, la France en représentait 10%», poursuit-elle. Oui, le Luxembourg est un plus petit pays, mais au regard de la taille de sa place financière, le Grand-Duché a de quoi jouer dans la cour des grands.  
Plus concrètement, au Royaume-Uni, lorsqu’un investisseur privé investit dans une PME il a droit à 50% de réduction de l’impôt sur le revenu et si la société dépose le bilan, il est possible d’imputer une partie des pertes des impôts. En France, on parle de minimum 18% plafonnés à 50.000 euros par an. En Belgique, l’incitatif a permis de faire passer le nombre d’investisseurs privés qui ont donné aux startups et PME de 6.558 en 2017 à 11.292 en 2018, selon les derniers chiffres. C’est le double. En Allemagne, il ne s’agit pas d’un incitatif fiscal mais d’un pourcentage du montant investi remis sous forme d’une enveloppe aux investisseurs privés mais l’idée est la même.
 «L’incitatif fiscal est un levier déjà utilisé, par exemple pour booster l’achat immobilier. Donc un outil déjà connu et maîtrisé par le gouvernement», ajoute l’entrepreneuse. Pour l’ancien fondateur, «il sera très difficile de concurrencer la manne de l’investissement immobilier qui représente peu ou pas de risques au Luxembourg, comparé aux startup».
Un projet d’incitatif fiscal à la luxembourgeoise serait dans les cartons du ministère des Finances. Pour Elodie Trojanowski, «la compétitivité de Luxembourg prend l’eau et dans le passé nous avons déjà pu constater que mettre tous ses œufs dans le même panier est toujours nuisible. L’économie des fonds d’investissement a connu son heure de gloire mais nous devons nous réinventer et les back offices doivent laisser la place à des mécanismes qui privilégient l’ancrage de notre économie en local». •