LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

L’accès aux produits financiers progresse mais la digitalisation de l’offre a ses revers

Permettre aux personnes exclues des services financiers d’y accéder: voilà la raison d’être de la microfinance. De trois milliards d’individus en 2006, le nombre de personnes privées d’accès aux produits et services bancaires est passé à 1,7 milliard en 2017, a souligné jeudi Gerhard Coetzee, expert en «Client centricity» au sein du CGAP (Consultative Group to Assist the Poor), basé aux Etats-Unis. La microfinance progresse, mais «l’accès est seulement une petite partie de l’inclusion», a insisté l’invité de l’ONG luxembourgeoise ADA.

Pour son «Midi de la Microfinance», elle a réuni un panel d’experts autour des défis du secteur que sont la digitalisation, l’orientation client et les PME.

«La technologie est là pour améliorer l’expérience client», a embrayé Arnaud de Lavalette, chef de projet senior en finance digitale au sein d’ADA. Si la digitalisation peut accélérer l’inclusion financière, reste que l’accès aux outils digitaux reste très inégal, a démontré Madji Sock, fondatrice et présidente du «Women’s Investment Club» et associée chez Dalberg. Selon elle, les hommes sont 15% de plus à posséder un téléphone portable que les femmes au Sénégal. En 2017, les femmes étaient 11% moins nombreuses que les hommes à détenir un compte bancaire.

Des besoins à cerner

Disposer d’un compte en banque est une chose, mais l’utiliser en est une autre. Selon Gerhard Coetzee, «la majorité des clients l’utilisent pour sortir de l’argent une fois par mois». Ils seraient même 67% à n’utiliser leur compte que moins d’une fois tous les 90 jours. «Le grand problème est que nous avons tendance à oublier les vrais besoins des consommateurs», a admis l’expert du CGAP.

Il y a donc encore du pain sur la planche pour le secteur de la microfinance qui, certes, peut profiter des évolutions liées aux fintech pour accroître sa présence mais de l’autre côté, certaines barrières demeurent, à commencer par les normes culturelles et sociales. «C’est quelque chose sur lequel on ne peut pas influencer», a reconnu Gerhard Coetzee.

www.ada-microfinance.org