LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

L’artisanat est en pleine croissance malgré une pénurie de main d’oeuvre

Si le Luxembourg est connu pour sa place financière, et l’on imagine plus aisément un employé au Luxembourg travaillant pour une banque, l’artisanat représente en réalité quasi le quart des emplois du Grand-Duché (22%) et 21% des entreprises. Au total, ce sont 88.128 salariés qui travaillent dans cette branche qui est très éclectique. Heureusement, la Chambre des Métiers a «découpé» le secteur en différents clusters, ce qui permet d’y voir plus clair sur les métiers qui sont considérés comme étant de l’artisanat ou pas.

Si l’on regarde les dernières années, le secteur est en pleine croissance, en terme d’emplois mais aussi pour le nombre d’entreprises. En 2018, le nombre de firmes a augmenté de 160 unités, ainsi qu’une création nette de 3.200 emplois. Les dirigeants de la Chambre de Métiers pourraient avoir le sourire. Pourtant, cette croissance cache des défis énormes pour le secteur. Sur tous ces artisans, 51% sont des travailleurs frontaliers, ont-ils souligné jeudi devant la presse.

Ce n’est pas un chiffre qui diffère beaucoup des autres secteurs au Luxembourg, mais au vu de la pénurie locale de main d’œuvre qualifiée, l’artisanat est fortement dépendant de la Grande Région. La tendance s’est accentuée au fil des années: les étrangers étaient déjà majoritaires en 1990 (47%) mais en tant que résidents, les luxembourgeois et les frontaliers étant présents en même proportion.

Plus de la moitié d’artisans frontaliers

Si les résidents luxembourgeois ont bien décliné depuis (ils ne sont plus que 15% parmi les artisans en 2018), les travailleurs frontaliers ont énormément progressé pour représenter aujourd’hui plus de la moitié des artisans. Comme pour les autres secteurs, les frontaliers français sont les plus nombreux, 22.850 selon les chiffres de la Chambre des Métiers. Les frontaliers belges sont 9.450 et les Allemands sont eux 12.823 à traverser chaque jour la frontière. Le phénomène s’est accompagné d’une croissance du nombre total d’emplois, passant de 34.146 en 1990 à 68.261 20 ans plus tard, pour arriver à 88.128 aujourd’hui.

Ce défi de main d’œuvre est pris au sérieux par le ministre des Classes moyennes, Lex Delles, qui entend mettre l’accent sur les carrières dans l’artisanat auprès des jeunes, mais aussi des parents. Car même si 92% des diplômés mettent en moyenne six mois après leurs études pour trouver un emploi, alors que les jeunes sont en général les premières victimes du chômage, l’artisanat continue de souffrir d’une mauvaise réputation: «Nous avons lancé une campagne de sensibilisation car l’artisanat propose des métiers très différents, il y a des débouchés et surtout des possibilités de progression de carrière», estime le ministre.

D’autant que le pays pousse pour développer un esprit d’entreprise au sein de la jeunesse: 76% de l’artisanat sont des micro entreprises, soit de un à dix employés. Face à ces petites structures, se pose aussi le défi de la transmission. 3.400 entreprises sont dirigées actuellement par des personnes de plus de 50 ans. Dans quelques années, ces derniers vont chercher à transmettre tout un pan de leur vie à un «héritier» de confiance et qualifié.

Le casse-tête du foncier

Outre la pénurie de main d’œuvre, le foncier est décidément un casse-tête pour tout le monde au Luxembourg. Les artisans ont également des difficultés à trouver des sites pour implanter leur activité. Disponibilité insuffisante, prix exorbitants, parcelles de taille inadaptée, règlementation rigide, la Chambre des Métiers plaide en faveur d’un plan sectoriel «zones d’activités économiques» plus ambitieux et des règlementations plus souples concernant la gestion spécifiques de ces zones.

Les responsables de la Chambre des Métiers ont profité hier de la présence du ministre pour demander également une amélioration du régime d’aides aux PME actuel: après cinq ans, les entreprises artisanales qui restent actives ont doublé leur taille, passant en moyenne de trois à six employés. La difficulté vient surtout au moment de la création de son entreprise: il faut constituer un fonds de commerce nécessaire afin d’assurer la pérennité de sa structure, sans pour autant avoir les ressources financières nécessaires.

D’autant que la clientèle est de plus en plus exigeante et que les artisans multiplient les autorisations d’établissements. C’est dans un souci de simplicité que la Chambre des Métiers a ainsi regroupé sous seize clusters les 121 activités artisanales, ce qui facilitera notamment la réalisation de statistiques.