LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Le rapport de l’OCDE se concentre sur deux problèmes au Luxembourg: le ralentissement de la croissance de la productivité et la pénurie de logements

Le Luxembourg est un bon élève. Le Secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurria était au Luxembourg hier pour présenter le rapport de l’institution qui donne les tendances pour chaque pays membre.

Avec une croissance prévue pour 2019-2020 de 2,5%, le Luxembourg fait partie des très bons élèves. Dans un français impeccable, le directeur de l’OCDE estime que le Grand-Duché mérite des «médailles d’or dans beaucoup de domaines «, en soulignant notamment le PIB par habitant élevé, mais qui s’accompagne également d’une haute qualité de vie. Au passage, la différence de salaire entre femmes et hommes est l’une des plus faibles au Luxembourg, un bon point de plus pour le pays.

Avec une prévision de croissance près de deux fois plus élevée que «ce qui est attendu par l’OCDE», estime Angel Gurria, alors même que l’on s’inscrit dans un contexte de ralentissement de croissance de l’économie mondiale. Les projections pour la croissance mondiale sont passées de 4 à 3%, largement en raison des tensions commerciales.

Tout bon élève qu’il est, le Luxembourg a néanmoins deux sujets sur lesquels il y a des efforts à faire. La productivité et la crise du logement ressortent clairement du rapport. «C’est un véritable défi pour le Luxembourg, qui est à 6% en dessous de son plus haut niveau de croissance, dans les années 2000. Mais c’est une grande question de compétences. La moitié de la force de travail n’est pas préparée à la digitalisation, qui est pourtant inéluctable, c’est le futur. Il y a peu d’investissements de fait en recherche et développement également, c’est problématique», souligne le Secrétaire général.

Perte de croissance de la productivité

Le ministre des finances, Pierre Gramegna, a donné quelques chiffres qui pourraient expliquer cette perte de croissance de la productivité. «Nous avons augmenté le salaire minimum de 100 euros, en réduisant la fiscalité, même chose en passant de 18 à 17% d’impôts pour les entreprises. Nous avons également augmenté les accises sur le diesel pour répondre aux exigences des accords de Paris», explique le ministre qui se félicite également que le Luxembourg soit considéré comme un bon élève fiscal au niveau international: «Le secteur financier représente 25% du PIB du pays, et depuis 2008 nous avons plus que doublé les effectifs de notre régulateur, la CSSF. Nous allons continuer ces efforts», a-t-il poursuivi.

Victime de son succès économique, le Luxembourg est devenu un pôle d’attractivité qui a bien du mal à répondre à la demande en logements. Résultats, les prix ont grimpé en flèche ces dernières années, boostés par les taux d’intérêt qui restent très bas, et il est devenu très difficile de se loger ou d’accéder à la propriété.

«La population a grandi bien plus rapidement que le rythme de la construction. Il faut augmenter l’offre en débloquant des terrains», propose Angel Gurria. Avec des mesures d’incitations pour encourager les propriétaires à construire, mais aussi en favorisant les permis de construire et en allant jusqu’aux amendes. Le problème est loin d’être nouveau au Luxembourg, d’autant que le phénomène est devenu quasi mondial dans les villes.

Le Secrétaire général de l’OCDE replace cette crise dans un contexte culturel: «Les gens aspirent à habiter une maison individuelle plutôt qu’un appartement, cela crée des problèmes de densité. Elle est d’ailleurs modeste au Luxembourg. Il faut planifier et encourager, notamment à travers le parc locatif social», explique-t-il. Cette flambée des prix a des conséquences concrètes pour la population qui doit s’endetter à des niveaux très élevés pour pouvoir accéder à la propriété. Un risque souligné par Angel Gurria: «Les prix ont augmenté plus rapidement que les salaires. 70% des Luxembourgeois sont propriétaires, mais même avec des taux d’intérêt très bas».

La ministre du logement, Sam Tanson, a donné quelques pistes de réflexion du Luxembourg, tout en étant bien consciente de l‘urgence de la situation: «Nous avons besoin de plus de logements publics. Nous avons deux grands projets de reclassement de sites industriels à Wiltz et Dudelange, nous allons construire 300 logements par an via la SNHBM (Société nationale d’habitation bon marché). Nous allons aussi augmenter nos logements en location, jusqu’à 70% de notre parc».

Mais il s’agit aussi pour l’Etat de mettre la pression sur les propriétaires qui laissent leurs terrains vides, tout d’abord en faisant un audit national, avec l’aide des communes: «Elles sont au courant des terrains disponibles, il faut mobiliser ceux qui sont construisibles et les acquérir à travers le pacte logement». Mais comment convaincre les propriétaires récalcitrants?

La ministre évoque des incitations fiscales, mais les discussions sont également en cours pour appliquer des mesures contraignantes: «La fiscalité va être un vrai facteur qui sera inclu dans la refonte de la réforme sur la fiscalité. Si des mesures conséquentes vont être prises dans le domaine, comme des incitations, nous allons aussi mettre en place des mesures contraignantes si cela ne suffit pas», sans qu’un calendrier concret n’ait été évoqué.