ATHÈNESCATHERINE KURZAWA

Plongée dans la capitale grecque au cœur d’un été pas comme les autres

Il règne ici une atmosphère étrange, où les questions entourant la crise économique se noient dans la quiétude méditerranéenne tant connue. Fraîchement débarquée à Athènes, je m’étonne de ne pas voir de file devant les distributeurs de billets. Une réalité qui contraste avec les photos d’agences qui nous inondent ces dernières semaines. Visiblement, nombreux sont les Grecs qui ont pris les devants en retirant un maximum avant que le contrôle des capitaux soit instauré, le 28 juin dernier. Par contre, il est vrai que le métro de la capitale est gratuit certains jours, comme le montrent des affichettes disposées dans les stations. Arrivée à la place Syndagma, je tombe nez-à-nez avec une manifestation où on se bouscule entre des pancartes arborant le «OXI» ou non, exprimé à 61% par la population le 5 juillet dernier. La colère gronde sur cette place habituellement point de rencontre des touristes dans la capitale. D’ailleurs, les vendeurs de souvenirs se sont adaptés. Fini les souvenirs bon marché: place aux drapeaux bleus et blancs sans oublier des sifflets, histoire que les Grecs expriment leur colère.

Dommages collatéraux

Déception et amertume, voilà ce qui ressort le plus de cette masse qui pensait qu’en suivant la voie ouverte par Syriza et le Premier ministre Alexis Tsipras, elle échapperait à la case «austérité». Dans un taxi en route vers le musée de l’Acropole, je demande au chauffeur comment se porte la saison touristique. Il me demande ma langue puis pianote sur la tablette accrochée à son tableau de bord. «Nous n’avons jamais eu autant de touristes», me répond l’application Google Translate un peu à la manière du physicien Stephen Hawking. Une réplique difficile à croire vu les terrasses clairsemées dans le très touristique quartier de Plaka, au pied de l’Acropole. Là où les guides touristiques recommandent de visiter le site le plus prisé de la capitale à l’ouverture au risque de se retrouver coincé dans une file de 100 mètres, je choisis d’y aller l’après-midi. Pas une seule file, mais des touristes quand même présents. Au final pour eux, la Grèce en haute saison sans se faire marcher dessus, c’est une aubaine qui n’a pas de prix. Pour les opérateurs touristiques par contre, cela profile une saison médiocre, après le record de 21,5 millions de visiteurs enregistré l’an dernier, soit 20% de plus qu’en 2013.

Cette année, tous les ingrédients du succès étaient pourtant tous réunis avec un attentat à Sousse au début de la saison qui contraint certains voyageurs à modifier leurs réservations et une réputation toujours présente de destination touristique idéale où les plages côtoient les sites archéologiques et les nombreux musées. Mais l’actualité des dernières semaines semble avoir effrayé les candidats au départ. Selon la Confédération tourisme grec (SETE), les réservations de dernière minute se sont effondrées de 30% depuis l’annonce du referendum. Elles représentent un séjour sur cinq en Grèce.

Contraste net

Et si le centre des décisions est Bruxelles, tout l’agenda européen semble se rencontrer à Athènes. À Omonia Square, des groupes de migrants traînent çà et là. Certains dépités par la situation comptent poursuivre leur voyage plus au nord, le rêve britannique en tête. Alors pour financer cela, ils vendent des bibelots à la sauvette. Mais n’allez pas croire que tout n’est que misère dans la capitale. À Kolonaki Square par exemple, la jeunesse dorée sirote des cocktails à l’ombre tandis que les boutiques de luxe continuent à tourner. Un contraste net propre à bien des villes, preuve s’il en est que la vie continue, tant bien que mal.